Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (36)

Mgr De SégurObjection : Pourquoi n’y a-t-il plus de miracles ?

Réponse : Un miracle est un fait sensible qui surpasse évidemment les forces de la nature.

C’est une chose que Dieu seul peut faire, et qui manifeste son intervention d’une manière extraordinaire dans les choses de ce monde.

 

 

« Pourquoi n’y en a-t-il plus? » demande-t-on.

A cela, j’apporte deux réponses :

1° Il y en a encore, et beaucoup. 2° Il est tout naturel qu’il y en ait moins que dans les premiers siècles du christianisme.

1° Il y en a encore.

Moi qui vous parle dans ce petit livre, je pourrais vous dire que j’en ai vu, et que j’ai vu en outre plusieurs personnes sur qui des miracles authentiques s’étaient opérés, tels que la guérison instantanée de maladies incurables.

Mais je préfère vous citer un fait d’une portée plus générale.

Un Anglais protestant était à Rome, sous le pontificat du Pape Benoit XIV. Il causait, avec un Cardinal, de la religion catholique, l’attaquant assez vivement, et rejetant surtout, comme faux, les miracles opérés par l’intercession des saints.

Peu de temps après, ce Cardinal fut chargé d’examiner les pièces relatives à la béatification d’un serviteur de Dieu. Il les remit un jour au protestant, lui recommandant de les examiner avec soin et de lui dire son avis sur le degré de foi que méritaient ces témoignages.

Après quelques jours, l’Anglais rapporte les procès-verbaux. « Eh bien, monsieur, lui demande le Prélat, quelle est votre impression au sujet de ces pièces ? »

 — « Ma foi, Éminence, j’avoue que je n’ai rien à dire ; et si tous les miracles des saints que votre Église canonise étaient aussi certains que ceux-ci, cela me donnerait à réfléchir… »

 — « En vérité? lui répliqua le Cardinal en souriant; eh bien, nous sommes plus difficiles que vous, à Rome ; car ces pièces ne nous ont pas semblé convaincantes, et la cause est rejetée. »

L‘Anglais fut si frappé de cette conduite, qu’il s’instruisit plus à fond de la foi catholique. Il abjura le protestantisme avant de quitter Rome.

Or cette sévérité extraordinaire existe encore dans les procès de canonisation des saints. Et comme, de nos jours, on canonise des saints, ainsi qu’on l’a fait dans tous les siècles (1), et que, d’autre part, on n’en canonise aucun sans un examen rigoureux, constatant au moins CINQ miracles Opérés par son intercession, nous sommes donc en droit d’affirmer qu’il y a encore des miracles.

2° Je réponds en second lieu : Il y a moins de miracles qu’au commencement du christianisme, et il en doit être ainsi.

Pour trois raisons :

1° Parce que le but véritable des miracles a été atteint, savoir : la conversion du monde et l’établissement de la Religion chrétienne.

2° Parce que ce but atteint, n’ayant pu l’être sans des miracles, et d’immenses miracles, atteste à tout jamais le fait même de ces miracles.

L’évidence de la divinité de la Religion chrétienne, manifestée par de grands prodiges, a seule pu convaincre les païens si sensuels et les juifs si opiniâtres

1° de la divinité de Jésus-Christ pauvre et crucifié;

2° de la vérité de sa doctrine, tout opposée à leurs idées les plus enracinées ; 3° de la divine mission des Apôtres et de leurs successeurs.

Le monde converti au christianisme sans miracle eût été lui-même le plus étonnant, le plus incompréhensible des miracles.

3° Parce que nous avons aujourd’hui sous les yeux une preuve aussi éclatante de la divinité de notre foi que les miracles l’étaient pour les premiers chrétiens : je veux dire les prophéties de l’Évangile et leur accomplissement dans le monde.

Il y a deux faits surnaturels et divins qui prouvent la divinité du christianisme : 1° les miracles de Jésus-Christ et de ses envoyés ; 2° l’accomplissement des prophéties de l’Évangile.

Les premiers chrétiens voyaient les miracles, ils ne voyaient pas l’accomplissement des prophéties que faisait leur Maître : ils étaient obligés cependant d’y croire fermement (2), et ils y croyaient facilement à cause des miracles qu’ils voyaient.

Nous autres, nous ne voyons point les miracles qu’ont vus nos pères ; mais nous voyons l’accomplissement des prophéties de l’Évangile ; et ce que nous voyons nous fait admettre aisément les miracles que nous n’avons pas vus.

Les miracles évidents faisaient admettre aux premiers chrétiens l’accomplissement certain des prophéties; l’accomplissement évident des prophéties nous fait admettre la réalité certaine des miracles.

Le miracle était la preuve des premiers chrétiens ; la prophétie, au contraire, est notre preuve, à nous, par l’évidence du fait divin de son accomplissement.

Et observons que cette preuve, tirée de l’accomplissement des prophéties, est peut-être plus péremptoire encore que celle tirée des miracles, en ce sens que le temps en augmente la force de jour en jour.

Ainsi, la stabilité du Siège de saint Pierre, la permanence de la dispersion et, à la fois, de la conservation des Juifs, pendant dix-neuf siècles, etc., sont des faits bien plus frappants que s’ils ne subsistaient que depuis trois ou quatre siècles. Et si le monde dure encore quelques milliers d’années, cette preuve de la divinité de la Religion sera encore bien plus entraînante dans trois ou quatre mille ans qu’elle ne l’ est de nos jours.

Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait moins de miracles maintenant qu’aux premiers siècles du christianisme.

(1) La dernière canonisation a eu lieu en 1839; le pape Grégoire XVI déclara saints le B. Alphonse de Liguori et quatre autres serviteurs de Dieu.
(2) Croire, c’est admettre la vérité d’une chose sur le témoignage d’autrui

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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