Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (35)

Mgr De SégurObjection : A quoi bon prier la sainte Vierge? C’est une superstition. D’ailleurs comment peut-elle nous entendre?

Réponse : Comment vous, pouvez-vous m’entendre ?

— Mais, avec mes oreilles !

— Je le sais bien ; aussi n’est-ce pas cela que je vous demande. Je vous demande comment vous pouvez m’entendre avec vos oreilles?

 

Je remue mes lèvres ; elles agitent un peu d’air; cet air entre dans votre oreille et s’arrête à un petit os recouvert de peau appelé le tympan. … Et voici que vous entendez ce que je vous dis !

Comment cela se fait-il ? Quel rapport entre ce peu d’air sur le tympan et ma pensée qui se manifeste à votre âme ? — Si nous n’étions témoins de cela chaque jour, nous n’y pourrions croire. Il est bien certain cependant que cela est.

Eh bien ! quand vous m’aurez dit comment vous, qui êtes à deux pas de moi, vous pouvez m’entendre et entrer en rapport avec moi, quand je vous parle, je vous dirai comment la sainte Vierge et les Saints, qui sont dans le ciel, peuvent entendre mes prières et y répondre.

Le même Dieu qui vous fait m’entendre les fait m’entendre lorsque je leur demande d’intercéder pour moi auprès de lui.

Comment le bon Dieu s’y prend-il pour cela ? il m’importe peu de le savoir. Ce que je sais, c’est que cela est; c’est que Dieu fait connaître à la bienheureuse Vierge qu’il a élevée , seule entre toutes les créatures, à la dignité prodigieuse de sa mère, à celle qu’il nous a laissée pour mère, pour avocate, pour protectrice, en mourant sur la croix, qu’il fait, dis-je, connaître à la Vierge Marie les prières, les besoins de ses enfants ; c’est qu’il écoute toujours Celle qu’il aime par-dessus toutes les œuvres de ses mains ; c’est qu’il vient encore à nous par Elle, comme il est venu jadis, au jour de son Incarnation ; c’est que le moyen le plus sûr d’arriver à Jésus, c’est d’aller à Marie, qui nous introduit auprès de son Fils et de notre Dieu, couvrant ainsi par sa protection notre indignité et nos dispositions imparfaites.

Ce que je sais, c’est qu’il n’y a rien de plus doux, de plus suave, de plus consolant que d’aimer la sainte Vierge, de lui confier ses peines, de lui offrir son cœur.

C’est que son culte rend meilleur, rend chaste, pur, doux, humble, fait aimer la prière, donne la joie et la paix de l’âme…

Ce que je sais, c’est qu’en aimant et en servant Marie, je ne fais qu’imiter, et bien imparfaitement, mon Sauveur Jésus-Christ lui-même.

Le premier il a aimé sa Mère, si bonne, si sainte, par-dessus toutes les créatures ; le premier il l’a servie de ses mains, il lui a rendu toutes sortes d’honneurs, de devoirs, d’obéissance.

Et comme il m’a dit, la veille de sa mort : « Je vous ai donné l’exemple, afin que ce que j’ai fait, vous le fassiez, » je tâche d’aimer et d’honorer parfaitement la sainte Vierge Marie qu’il a si parfaitement aimée et honorée.

Ce n’est point ici le lieu de faire un traité sur le culte de la sainte Vierge.

Mais c’est toujours le lieu de dire que la haine contre ce culte a été le cachet universel de toutes les hérésies, de toutes les insurrections religieuses; que l’on ne quitte jamais Marie sans bientôt quitter Jésus; que même l’on ne diminue jamais ce culte pour devenir meilleur.

Ce qu’il faut dire, c’est que les pauvres protestants sont bien à plaindre de ne connaître point, de n’aimer point leur mère!… de ne point accueillir Celle que Jésus-Christ a choisie, a aimée, a unie inséparablement au mystère de son Incarnation, au mystère de sa crèche, aux mystères de son enfance, de sa vie cachée, de sa vie publique, au mystère de ses douleurs et de notre rédemption; Celle qu’il associe, dans le ciel, aux mystères adorables de sa gloire et de sa royauté.

Ils doivent trembler lorsque, jetant les yeux sur tous les siècles chrétiens, ils n’en trouvent pas un seul qui ne condamne leur silence, et qui n’ait réalisé la parole prophétique delà Vierge elle-même : « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse. » (Saint Luc, ch. i.)

Nulle part on n’aperçoit ce Christ solitaire, rêvé par Luther, Calvin et leurs disciples, mais le Christ tel qu’il se montra a l’œil des prophètes, tel qu’il paraît dans l’Évangile , Enfant de la Vierge, formé de sa chair et de son sang, porté longtemps dans son sein et dans ses bras, remplissant trente ans envers elle les devoirs du fils le plus soumis, expirant sous ses yeux, et reposant encore dans ses bras avant de passer de la croix au sépulcre….

Ils craignent d’enlever à Jésus-Christ ce qu’ils donneraient à Marie. — Mais n’est-ce pas grandement ignorer le cœur humain, formé à l’image de celui de Dieu, que de craindre de blesser un ami, en témoignant, à cause de lui, un grand amour à sa Mère? N’est-ce point à cause du Fils que nous aimons la Mère ? Et n’est-ce point à Jésus-Christ que reviennent tous ces hommages ?

Maintenant, qu’il y ait quelques abus, quelques indiscrétions chez des gens ignorants relativement à ce culte de la sainte Vierge; qui le nie? De quoi n’abuse-t-on pas ? Mais ces abus sont réprouvés par l’Église. Les Évêques et les prêtres en détournent les fidèles dès qu’ils en ont connaissance.

En ce qui touche le culte de Marie, l’excès le plus commun, croyez-le bien, n’est pas en trop, mais en trop peu. Car dès qu’on ne L’adore pas (et on ne doit pas l’adorer; l’adoration est due à Dieu seul), dès qu’on n’adore pas la sainte Vierge, on reste toujours au-dessous de ce qu’elle mérite. Jamais nous ne l’honorerons autant que Dieu l’a honorée, en la faisant sa Mère. Jamais nous ne l’aimerons autant que l’a aimée Jésus notre modèle.

Catholiques, nous sommes la grande famille de Jésus-Christ. Est-il étonnant que nous aimions sa Mère ?

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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