Mgr de Ségur répond aux objections contre la religion (32)

Mgr De SégurObjection : Dieu n’a pas besoin de mes prières. Il sait bien ce qui m’est nécessaire sans que je le lui demande.

Réponse : Oui, certes, il le sait ; mais vous auriez tout à fait tort de conclure de là que vous pouvez vous dispenser de prier.

Le bon Dieu n’a pas besoin de vos prières, il est vrai. Vos prières et vos hommages ne changent en rien sa béatitude immuable… Mais il les exige de vous, ces hommages, ces adorations, ces actions de grâces, ces prières; parce que vous, sa créature et son enfant, vous les lui devez.

Votre pensée, dont il est l’auteur, il y a droit ; il veut que vous la dirigiez vers lui ; et ce cœur, qu’il vous a donné, il a droit également à son amour, et il veut que, par l’amour, vous le lui rendiez librement.

Dieu sait tous vos besoins. C’est encore très-vrai. Aussi n’est-ce point pour les lui apprendre qu’il faut que vous les lui exposiez. C’est afin que vous ne perdiez pas la vue de votre impuissance sans son secours ; c’est afin de vous rappeler sans cesse votre dépendance.

C’est pour vous qu’est ordonnée la prière, non pas pour lui. Il veut que vous priez, d’abord, parce qu’il est juste que vous adoriez votre Dieu, que vous pensiez à celui qui pense sans cesse à vous, que vous aimiez celui qui est le bien suprême et votre excellent bienfaiteur; et ensuite, parce qu’il est bon, utile et même nécessaire pour vous de prier.

Quoi de plus grand, quoi de plus doux, de plus simple, de plus facile que la prière!

C’est la plus noble occupation de l’homme en ce monde ; c’est ce qui ennoblit, relève et rend dignes d’un être raisonnable toutes nos autres occupations.

C’est la pensée humaine s’appliquant à Dieu, son plus digne objet.

C’est le cœur s’unissant au Dieu d’infinie bonté, d’infinie perfection, d’infini amour, qui peut seul pleinement le satisfaire.

C’est l’enfant qui parle à son père bien-aimé.

C’est l’ami qui converse familièrement avec son ami.

C’est le coupable pardonné qui remercie tendrement son Sauveur; c’est le pécheur faible et infirme, qui demande miséricorde au Dieu qui a dit : « Jamais je ne rejetterai celui qui vient à moi. »

La prière est la consolation de toutes nos peines. C’est le trésor de notre bonheur intime, que rien ne peut nous ravir. Car la prière est en nous; elle est nous-mêmes. C’est nous-mêmes pensant à Dieu et aimant Dieu.

Il en est de la prière comme de l’amour de Dieu. C’est une si douce chose que le bon Dieu, en nous en imposant l’obligation, ne fait que nous commander d’être heureux.

Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est venu en ce monde pour nous rendre heureux en nous rendant bons, ne recommande-t-il rien tant que la prière: « Priez sans cesse, dit-il, et ne vous lassez point. » C’est-à-dire, habituez votre âme à penser à Dieu et à l’aimer par-dessus toutes choses. La prière est le fond de la vie chrétienne.

Priez donc, et de bon cœur; non point seulement de bouche, mais du fond de l’âme. Soyez fidèle, au commencement et à la fin du jour, à rendre au bon Dieu votre hommage filial (1). Priez dans vos peines; priez dans vos dangers; priez dans vos tentations. Priez après vos fautes, pour en obtenir le pardon. Priez dans les principales circonstances de votre vie. Mêlez la prière à vos actions journalières. Avec elle rien n’est petit devant Dieu; avec elle rien n’est perdu pour le Paradis. Vous serez pur et bon, si vous pratiquez la prière. Votre cœur sera dans la paix. Au milieu des misères de la vie, vous aurez cette joie intérieure qui en adoucit les amertumes ; et quand le temps de votre épreuve sera terminé, vous recueillerez au centuple le fruit de votre fidélité.

 (1) « N’attendez rien, disait un jour saint Vincent de Paul, d’un homme qui ne fait point ses prières matin et soir, »

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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