Mgr de Ségur répond aux objections contre la religion (30)

Mgr De SégurObjection : Dieu a prévu de toute éternité si je dois être sauvé ou damné. J’aurai beau faire, je ne pourrai changer la destinée.

Réponse : Si votre femme venait vous dire : « Mon ami, Dieu a prévu de toute éternité si tu dois dîner ou ne pas dîner aujourd’hui. J’aurai beau faire, il en sera ce que Dieu a prévu. Je vais donc aller me promener, et ton dîner se préparera comme il pourra ; »

 Si votre enfant vous disait : « Mon cher papa, Dieu a prévu de toute éternité si je dois aujourd’hui travailler ou faire l’école buissonnière. J’aurai beau faire, je ne changerai pas la destinée. Je vais donc aller m’amuser au lieu de lire et d’écrire ; »

Je crois que vous n’auriez pas de peine à leur répondre, et surtout à les mettre à la raison.

Ce que vous répondriez à votre femme et à votre enfant, je vous le réponds à vous-même. La prescience de Dieu ne détruit pas notre liberté.

Et bien que notre faible raison ne puisse sonder le fond de ce grand mystère, elle en sait cependant assez pour être certaine de la vérité.

1° D’abord nous avons tous, en dépit de tous les raisonnements, de toutes les subtilités, le sentiment intime que nous sommes libres dans nos déterminations. Je sens, en écrivant ces lignes, qu’il ne dépend que de ma volonté, de mettre ici un mot au lieu d’un autre, d’interrompre ou de continuer mon travail, etc.

Vous me lisez, vous sentez, et nul ne pourra vous persuader le contraire, qu’il ne dépend que de vous de lire ou de fermer ce livre, de chanter ou de vous taire, de vous lever ou de rester assis, etc. — Donc, vous et moi, nous sommes libres.

2° En second lieu, cette difficulté de concilier notre liberté morale avec la prescience de Dieu, est-elle aussi sérieuse qu’elle en a l’air ? Je ne le crois pas, et je n’y vois guère qu’une affaire de mots.

Nous mesurons ici Dieu à notre aune ; nous parlons de lui comme de nous-mêmes. Nous lui prêtons nos faiblesses ; et nous nous créons par là de chimériques embarras.

Il n’y a point, à vrai dire, de prescience en Dieu. Pré-voir, c’est voir d’avance, voir ce qui sera. Pré-voir suppose nécessairement un avenir, non existant encore. Or, il n’y a point de futur ni de succession de temps pour Dieu, mais un éternel et immuable présent. Le passé et l’avenir ne sont que pour les créatures finies et changeantes. Nous pré-voyons, nous autres; mais c’est une imperfection de notre être. Dieu, l’être parfait, voit, ne prévoit pas.

Il nous voit agir. Or, personne n’a jamais dit, que je sache, que la connaissance actuelle que Dieu a de nos actions en gêne la liberté. Eh bien ! Dieu n’en a pas d’autre.

Cela me paraît bien simple, bien facile à saisir. Il ne reste plus là que le mystère de l’éternité, de l’immutabilité de Dieu, ou plutôt le mystère de son existence. Mais qui sera jamais assez insensé pour dire : Je refuse de croire en Dieu, parce que je ne conçois pas I’infini?

Usez donc bien de votre liberté sous l’œil du bon Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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