Le Pape est infaillible, Mgr de Ségur – 14 chapitres

LE PAPE EST INFAILLIBLE

I. Que le Concile du Vatican a défini l’infaillibilité du Pape au nom et par l’autorité de Dieu même.

Chacun sait ce qui vient de se passer à Rome. Afin de remédier aux maux de l’Église et de la société, le Pape Pie IX a réuni à Rome, dans la grande Basilique du Vatican, tous les Évêques du monde en Concile œcuménique; et le Concile, afin de fortifier l’autorité de l’Église et de son Chef, a défini, c’est-à-dire proclamé solennellement, l’infaillibilité du Pape.

L’infaillibilité est le privilège de ne pas pouvoir enseigner l’erreur. Quand le Concile déclare que le Pape est infaillible, il déclare que toutes les fois qu’il enseigne l’Église universelle, le Vicaire de Jésus-Christ enseigne toujours et nécessairement la vérité.

C’est Dieu, c’est Jésus-Christ qui a fondé sur la terre et constitué l’Église; et c’est lui qui a divisé l’Église en deux parties, unies mais distinctes, l’Église enseignante et l’Église enseignée. L’Église enseignée est formée des laïques et des simples prêtres, lesquels ne sont, en aucun cas, juges de la foi. L’Église enseignante, par laquelle Dieu enseigne et gouverne les fidèles répandus sur toute la terre, est composée du Pape et des Évêques; et comme c’est Dieu lui-même qui parle par elle, qui, par elle, enseigne, commande, condamne, pardonne, tout ce que l’Église enseignante lie ou délie sur la terre, est en même temps infailliblement lié et délié dans les cieux. En d’autres termes, l’Église enseignante est infaillible; elle ne peut se tromper ni nous tromper; elle est immédiatement assistée de Dieu.

Or, le Concile n’est autre chose que l’Église enseignante assemblée; et c’est pour cela que le Concile est infaillible, et que tous ses décrets, toutes ses décisions ont un caractère d’autorité souveraine et divine. Tout le monde doit s’y soumettre; tout le monde, sans exception. Et c’est tout simple : qui a le droit de ne pas se soumettre à Dieu?

En définissant, comme il l’a fait, que le Chef de l’Église est infaillible dans son enseignement, le Concile a donc parlé au nom de Dieu même; c’est l’Esprit-Saint qui, pour le bien de nos âmes et pour le salut du monde; a parlé par la grande voix du Concile, et nous a dit, entre autres vérités salutaires: « Le Pape, Chef de l’Église infaillible, est infaillible lui-même; et jamais les Évêques, les prêtres et les fidèles ne peuvent se tromper lorsqu’ils écoutent sa parole. »

II. Ce que c’est que le Pape, et comment il est le Chef suprême de l’Église.

Un jour, le vénérable Archevêque de Rennes rencontra, dans une de ses tournées pastorales, un brave paysan qui, s’agenouillant à ses pieds, lui demanda sa bénédiction. L’excellent Prélat l’interrogea quelque peu sur son catéchisme, C’était en 1860, au commencement des malheurs de Pie IX; tout le monde parlait de Rome et du Pape: « Mon fils, dit l’Archevêque, sais-tu ce que c’est que le Pape? » Le bonhomme se mit à se gratter l’oreille; il savait bien à peu près, mais ne pouvait exprimer ce qu’il pensait. «  Le Pape, Monseigneur …, le Pape, dit-il …, ma foi, c’en est un qui s’il était là, vous ne seriez pas tout de même grand chose! » Le bon Archevêque rit de bon cœur de cette réponse originale. « Tu as bien raison, mon fils, lui dit-il: Je suis, tout comme toi, le fils spirituel du Saint-Père; » et il le quitta, après l’avoir béni.

Certes, un évêque, c’est une bien grande chose; un Évêque, c’est plus qu’un roi: et cependant, qu’est-ce qu’un Évêque, auprès du Pape? N’est-ce pas une brebis, auprès du Pasteur? Une étoile, au près du soleil ?

Le Pape est le Chef suprême de la religion chrétienne. Il est le successeur de saint Pierre, premier Évêque de Rome et premier Souverain-Pontife de l’Église de Jésus-Christ; et c’est parce qu’il est Évêque de Rome et successeur de saint Pierre que le Pape est le Chef spirituel de l’Église entière. C’est à ce titre qu’il hérite des promesses divines faites à saint Pierre, à qui Jésus-Christ a déclaré qu’il ferait reposer sur lui, et sur lui seul, tout l’édifice de son Église; qu’il lui donnerait les clefs du royaume des cieux; que sa foi ne pourrait jamais défaillir, afin qu’à son tour il pût confirmer ses frères; enfin, qu’il l’établissait, en son lieu et place, Pasteur de ses brebis et de ses agneaux.

Le Pape est donc l’héritier de ces divines et magnifiques promesses. Il est le Chef, la tête, le centre de toute l’Église; il est le grand intendant de la maison de Dieu, le lieutenant-général du royaume de Dieu, c’est-à-dire de l’Église de Dieu. Il est le Vicaire, le représentant visible, le lieutenant-général de Jésus-Christ Notre Seigneur; et parce que Jésus-Christ le confirme dans l’infaillibilité de la foi, il est à son tour le confirmateur de ses frères, c’est-à-dire le Docteur infaillible de tous les Évêques, de tous les prêtres, de tous les baptisés.

Il est le Pasteur, le Conducteur, l’Évêque de l’Église universelle, l’Évêque des Évêques, le Pasteur des Pasteurs, le Docteur des Docteurs, le Père des Pères, le Chef des Chefs.

Tous doivent révérer le Pape comme le représentant visible du Fils de Dieu ici-bas. Lui obéir, lui désobéir, ce n’est pas obéir ou désobéir à un homme: c’est obéir à Dieu, c’est désobéir à DIEU.

Le Pape, ou plutôt Jésus-Christ dans le Pape, est donc le Chef unique de la vraie religion; il est le Père de nos âmes, le Père du peuple chrétien tout entier; et un jour viendra où tous les peuples du monde réunis dans la même foi, ne formeront qu’un seul troupeau sous la houlette pastorale du Pape, Vicaire de Jésus-Christ.

Que de grandeurs accumulées sur la tête d’un homme! Que c’est bien là le digne représentant de l’Homme-Dieu ! Et de quelle divine majesté Notre-Seigneur fait resplendir son Vicaire!

III. Qu’il est tout simple que le Pape soit infaillible lorsqu’il nous parle comme Chef de l’Église.

Lorsque le Pape enseigne, lorsqu’il déclare à l’Église que telle doctrine est vraie ou fausse, que telle ligne de conduite est bonne ou mauvaise, c’est Jésus-Christ lui-même qui parle par la bouche de son Vicaire; et comme Jésus-Christ est la vérité infaillible, il ne souffre jamais que son Vicaire puisse enseigner l’erreur. Il l’assiste si puissamment, qu’il le maintient dans la vérité, selon la promesse qu’il lui en a faite: « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne puisse défaillir. » N’est-il pas tout simple que, tout homme qu’il est, le Pape, ainsi assisté par Notre Seigneur, ne puisse pas se tromper ?

Et puis, la foi nous apprend que chaque Évêque, chaque prêtre, chaque fidèle est obligé en conscience, sous peine de révolte et de schisme, de soumettre son esprit à l’enseignement du Pape, de croire du fond du cœur tout ce qu’il dit; le silence respectueux ne suffit pas: c’est la foi qu’il faut, la foi proprement dite, la soumission pleine et entière de l’esprit, du jugement et du cœur. Dès lors, n’est-il pas évident que si le Pape pouvait se tromper, toute l’Église se tromperait nécessairement avec lui? Or, il est également de foi que l’Église catholique ne peut sortir des voies de la vérité, qu’elle possède et possédera toujours la vraie foi, en un mot, qu’elle est infaillible.

Le Pape est donc infaillible parce qu’il est le Chef suprême de l’Église infaillible, laquelle doit toujours 1ui obéir. Il est son Chef, c’est-à-dire sa tête. Elle le suit partout et nécessairement, comme le corps et les membres suivent partout la tête. Pour que le corps ne s’égare pas, il faut de toute nécessité que la tête ne puisse s’égarer. Le Pape guide l’Église: c’est sa fonction nécessaire; l’Église doit le suivre, et elle le suit toujours: 0r, s’il s’égarait, elle s’égarerait forcément avec lui. Donc, il ne peut s’égarer; donc il ne peut enseigner l’erreur; donc il est infaillible. N’est-ce pas clair comme le jour?

IV. Des idées ridicules que l’on se fait parfois de l’infaillibilité du Pape.

Il y a des gens qui croient bonnement que parce que le Pape est infaillible, il ne peut pas dire une parole qui ne soit un oracle.

Ainsi, un beau jour, le Pape dira en s’éveillant, qu’il a mal dormi, que le temps doit être à l’orage: parole infaillible, dogme de foi!

Il dira: « Apportez-moi ma tabatière, elle est sur mon bureau; » – dogme de foi, qu’il faudra croire pour être sauvé.

Il demandera à son valet de chambre une soutane plus large; celle qu’on lui présente est, dit-il, trop étroite; oracle inspiré, parole infaillible!

Un fourbe se présente à son audience; le bon Pape croit aux protestations de dévouement qui lui sont faites; il dit de cet hypocrite: « C’est un homme de bien. » – il le faudra croire, car le Pape est infaillible.

Eh non, mille fois non! C’est avec ces niaiseries-Ià qu’on ridiculise la foi, et qu’on éloigne une quantité d’esprits honnêtes.

Il faut distinguer ici : dans le Chef de l’Église, il y a le Pape et l’homme. L’homme est faillible, comme tous les autres hommes. Lorsque le Pape parle comme homme, comme personne privée, il peut parfaitement se tromper, même quand il parle des choses saintes. Comme homme, le Pape n’est pas plus infaillible que vous et moi.

Mais quand il parle comme Pape, comme Chef de l’Église et comme Vicaire de Jésus-Christ c’est une autre affaire. Alors il est infaillible: ce n’est plus l’homme qui parle, c’est Jésus-Christ qui parle, qui enseigne, qui juge par la bouche de son Vicaire.

Or, comme Cher de l’Église et Vicaire de Jésus-Christ, le Pape a pour mission de garder pur et intact le dépôt de la foi, de maintenir partout la pureté de la doctrine chrétienne et de la pratique de la religion, de faire régner Jésus-Christ sur le monde, de sauver et de sanctifier les hommes, de proclamer en toutes choses la vérité et la justice, de condamner l’erreur, l’injustice et le péché. Voilà sa mission, sa mission sacrée; il n’en a pas d’autre. C’est la mission même de l’Église, la mission de Jésus-Christ, Chef céleste de l’Église.

Le Pape est infaillible en tout cela; mais, en dehors de cela, il n’est nullement infaillible. En d’autres termes, il est infaillible quand il parle comme Pape, mais non pas quand il parle comme homme.Et il parle comme Pape, lorsqu’il enseigne publiquement et officiellement des vérités qui intéressent toute l’Église, au moyen de ce qu’on appelle une Bulle, ou une Encyclique, ou quelque autre acte de ce genre.

En pratique, les simples fidèles savent que le Pape a parlé comme Pape, lorsqu’ils l’apprennent de leur Évêque et de leur curé, à la condition toutefois (et ce n’est pas difficile à savoir) que l’Évêque ou le curé ne soit pas hérétique ou schismatique, c’est-à-dire en opposition évidente avec les enseignements du Chef de l’Église.

V. Que ce n’est pas pour lui-même, mais pour nous que le Pape est infaillible.

L’infaillibilité du Pape doit nous être aussi chère que le don de la foi, que l’espérance du salut. Pourquoi, en effet, le bon Dieu a-t-il voulu que son Vicaire fût infaillible, sinon pour nous assurer à tous une foi exempte d’erreurs et une lumière tout à fait certaine qui guide nos pas dans la voie du saint éternel?

Pourquoi le Pape est-il infaillible? Est-ce pour sa satisfaction personnelle? Est-ce dans un dessein d’orgueil et de domination? Évidemment non. L’autorité n’est jamais donnée à un homme que pour le bien des autres; et cette règle est, s’il se peut, plus vraie encore en matière d’autorité religieuse.

Le prêtre est-il prêtre pour lui ou pour les autres? N’est-ce pas pour les autres, uniquement pour les autres, qu’il reçoit ce pouvoir de prêcher la Religion, de pardonner les péchés, de célébrer la Messe, d’administrer les sacrements, de diriger les consciences?

L’évêque n’est pas davantage l’évêque pour lui, mais bien pour ses diocésains. Il n’est revêtu de cette grande et belle autorité épiscopale que pour sanctifier son clergé, et, par ce clergé ainsi sanctifié, sauver les âmes, faire régner le bon Dieu dans tout son diocèse, et, avec le bon DIEU, la paix, la justice, le vrai bonheur. Voilà pourquoi l’Évêque est Évêque.

Il en est de même du Souverain-Pontife. La suprême et infaillible autorité ne lui est pas donnée pour lui, mais pour l’Église, pour chacun de nous. En effet, c’est grâce à son autorité souveraine en matière de religion que la foi se maintient pure dans toute l’Église, que les erreurs sont condamnées, que les sacrements nous sont administrés, que le culte divin se célèbre comme il convient; en un mot, que les voies du salut demeurent toujours ouvertes et accessibles à chacun de nous.

Le Pape est Pape pour nous, et son autorité, son infaillibilité sont le vrai trésor des Évêques, des prêtres et des chrétiens. Voilà pourquoi, tout en étant le Chef et le Supérieur de tous, le Pape est véritablement le Serviteur de tous, « le Serviteur des serviteurs de Dieu ».

A entendre certaines gens, on dirait vraiment que le Pape n’est pas pour eux, mais contre eux; que son autorité amoindrit la leur; que son infaillibilité n’est bonne qu’à humilier les chrétiens et à lui donner de l’orgueil. Ces esprits-là sont bien peu catholiques; et ils oublient que tout, dans l’Église, est institué pour le bien et le bonheur des enfants de Dieu. L’autorité et l’infaillibilité du Pape sont une des plus grandes preuves d’amour, de miséricorde, de bonté, que la Providence ait pu donner à chacun de nous.

Donc c’est pour nous que le Pape est infaillible; c’est pour vous, ingrats, qui l’attaquez.

VI. Comment le Pape peut être infaillible, quoiqu’il ne soit qu’un homme.

D’abord, du moment que nous savons qu’il est infaillible, il importe très-peu de savoir comment il l’est. S’il l’est, il peut l’être. Or, il est de Foi qu’il l’est.

En second lieu, qu’y a-t-il d’impossible à ce que le bon Dieu éclaire et assiste si bien l’esprit d’un homme dans telle et telle circonstance donnée, que cet homme ne puisse enseigner l’erreur! Il y a évidemment là rien d’impossible. Je dirai plus: il n’y a rien de surprenant, du moment que l’Église est le royaume de Dieu sur la terre, et que l’homme choisi pour en être le Chef est le Vicaire, le représentant de Dieu. N’est-il pas tout à fait dans l’ordre que le Vicaire de Dieu, que le Chef suprême de l’Église soit le Docteur infaillible de la vérité ?

Nous l’avons dit déjà: ce n’est pas comme homme, c’est comme Pape que le souverain-Pontife est infaillible; c’est comme Pape, et lorsqu’il parle comme Pape, qu’il est assisté de l’Esprit de vérité. La faiblesse naturelle de l’esprit humain ne fait rien à la chose, et n’apporte aucun obstacle à l’action de Dieu sur son Vicaire.

Ajoutons que cette assistance surnaturelle du bon Dieu ne tombe jamais que sur une terre merveilleusement préparée à la recevoir; car, toutes les fois que les Souverains – Pontifes ont eu à définir,c’est-à-dire à décider souverainement un point de doctrine, ils se sont toujours entourés de précautions infinies: prières, études approfondies, conseils et consultations de tout genre, avis préalables de savants théologiens, de Cardinaux, d’Évêques; rien n’est épargné. De sorte que, même au point de vue purement humain, il y aurait déjà là de tels éléments de vérité, un tel faisceau de lumières et de science, qu’il serait bien difficile de se tromper. L’assistance divine venant par là-dessus, l’infaillibilité-doctrinale du Souverain-Pontife n’est-elle pas, je vous prie, chose toute simple?

VII. Si le Pape est impeccable parce qu’il est infaillible.

Pas le moins du monde. Tout en étant infaillible comme Vicaire de JÉSUS-CHRIST, le Pape ne cesse pas d’être peccable, parce qu’il ne cesse pas d’être homme.

S’il eût été nécessaire au bien de l’Église et au salut du monde que le Chef de l’Église fût impeccable, qui doute que Dieu ne l’est fait impeccable comme il l’a fait infaillible. Cela n’était pas nécessaire: il ne l’a pas fait.

Que faut-il, en effet, à l’Église? Qu’elle ait une règle certaine et infaillible en matière de croyance; et elle l’a, au moyen de l’infaillibilité de son Chef; puis, qu’elle ait une autorité souveraine, indiscutable, certainement sainte, en matière de direction et de conduite; et cette autorité, elle la trouve dans la suprême autorité, à laquelle il n’est jamais permis de désobéir. Voilà ce qui est nécessaire à l’Église. Mais on ne voit pas à quoi lui servirait l’impeccabilité de son Chef. Si le Pape était impeccable, cette grâce lui serait certainement très-précieuse; mais elle ne servirait guère qu’à lui. Pour la conduite de l’Église, son infaillibilité et son autorité souveraine suffisent complètement.

VIII. Comment un mauvais Pape peut être et est infaillible, tout comme un bon.

Ce qui a été dit déjà l’explique parfaitement, ce me semble. Ce n’est pas parce qu’il est bon et saint, que le Chef de l’Église est infaillible; c’est parce qu’il est Pape; c’est parce qu’il est Vicaire de Dieu et Chef suprême de l’Église.

De même qu’un mauvais prêtre ne cesse pas pour cela d’être prêtre, de sorte que sa messe, ses absolutions, etc., sont valides; de même un Pape, qui aurait le malheur de n’être pas vertueux et saint, ne cesserait pas pour cela d’être Pape, et, comme tel, de jouir de tous les privilèges accordés par le bon Dieu à la Papauté. Quelque mauvais qu’on le suppose, il n’en serait pas moins le Pape, le représentant visible de Jésus-Christ, le Pasteur et le Docteur infaillible de toute l’Église. Méprisable comme homme, il serait toujours vénérable comme Pape, et Notre-Seigneur, dont les promesses sont immuables, le rendrait aussi facilement infaillible que s’il avait affaire à un homme saint et pur.

Dans la longue série des deux cent cinquante-huit papes qui, depuis saint Pierre jusqu’à ce jour, ont gouverné l’Église de Dieu, il y a eu deux Papes qui ont été notoirement indignes de leur sainte mission; et Dieu a permis que ces deux indignes n’aient eu à définir aucune vérité durant leur Pontificat (1).

Jamais un Pape ne s’est trompé en enseignant la foi, parce que le bon Dieu y a pourvu, en maintenant son Vicaire, quel qu’il fût, bon ou mauvais, au-dessus de l’infirmité naturelle de l’intelligence humaine, qui peut toujours se tromper, qui peut toujours faillir.

Ainsi, au point de vue de l’autorité et de l’infaillibilité, il importe très-peu que le Pape soit bon ou mauvais, juste ou pécheur.

IX. Si l’on peut être catholique sans croire à l’infaillibilité du Pape.

Non ; car pour être catholique, il faut croire toutes les vérités que l’Église catholique enseigne au monde de la part de Dieu. Or, l’Église catholique, rassemblée en Concile au Vatican, vient de proclamer infailliblement, comme dogme de foi, l’infaillibilité du Pape. Ou serait hérétique, si l’on refusait d’y croire.

L’infaillibilité du Chef de l’Église est une vérité révélée dès l’origine par Notre-Seigneur à ses Apôtres ; une vérité qui a été crue pratiquement dans tous les siècles; une vérité dont l’Église a vécu et que le Concile du Vatican vient de définir, parce que des esprits mal faits avaient bouleversé les consciences en l’attaquant violemment. Ce n’est pas « un dogme nouveau », comme quelques-uns l’ont prétendu: il n’y a pas de dogme nouveau dans l’Église; il n’y a de nouveau que le décret par lequel l’Église déclare solennellement que telle ou telle croyance fait partie du dépôt des vérités révélées.

Le Concile, c’est-à-dire l’Église enseignante, ayant défini comme dogme de foi l’infaillibilité du Souverain Pontife, n’y pas croire, ce serait nier l’infaillibilité du Concile, l’infaillibilité de l’Église enseignante; or, cette infaillibilité a été dès l’origine un dogme indiscutable, indiscuté, absolument certain. Au fond, le décret du Concile du Vatican qui a défini l’infaillibilité du Pape n’a fait autre chose que mieux préciser, mieux déterminer le grand dogme de l’infaillibilité de l’Église.

Tout le monde est donc obligé, sous peine de péché mortel, sous peine d’hérésie et d’apostasie, de croire, du fond du cœur, sans aucune restriction, que le Souverain Pontife ne peut errer lorsqu’il enseigne l’Église. On doit le croire, parce que c’est une vérité divine et révélée, une, vérité définie par l’Église. On doit le croire de cœur, et le professer de bouche, comme on croit toutes les autres vérités de la foi: la Trinité, l’Incarnation, la présence réelle, etc.

Si l’on refusait cet acte de foi, on ne pourrait plus recevoir les sacrements: on ne serait plus enfant de Dieu ni de l’Église.

Avis à tous ceux qui ont eu l’imprudence de lire ces brochures, ces pamphlets, ces journaux où l’autorité du Souverain-Pontife était indignement attaquée et ridiculisée de mille manières; où la liberté du Concile du Vatican était journellement mise en doute avec autant de légèreté que d’audace ; où l’histoire était défigurée et la science faussée; où le venin de l’hérésie était habilement distillé, afin d’empoisonner les âmes.

Oh! Que les hommes qui ont mené cette conspiration ont donc été coupables ou du moins aveugles! Que de milliers d’âmes ils ont égarées! De combien de blasphèmes contre la foi ne sont-ils pas et ne seront-ils pas longtemps encore peut-être responsables devant Dieu!

Laissons-les dire: ils se trompent. Ne prêtons pas l’oreille à leurs discours plus ou moins captieux. N’a-t-on pas toujours eu une cargaison d’arguments au service des plus mauvaises causes?

Quels qu’ils puissent être, laïques ou ecclésiastiques, prêtres, religieux, Évêques même (ce qu’à Dieu ne plaise !), séparons-nous d’eux sans discuter et demeurons à tout prix fidèles à Dieu, en demeurant fidèles à son infaillible Vicaire.

X. S’il est vrai, comme on a osé le dire, que le Concile du Vatican n’a été ni vraiment œcuménique, ni vraiment libre.

Quand les adversaires de l’infaillibilité du Pape ont vu que la discussion ne tournait pas selon leurs prétentions, quelques-uns d’entre eux, pour échapper au décret qui allait les condamner, se sont mis à dire: « Le Concile n’est pas vraiment œcuménique; le Concile n’est pas vraiment libre! »

Cette double prétention n’a vraiment pas le sens commun.

Jamais Concile n’a été plus œcuménique, n’a été plus libre que le Concile du Vatican. Qu’est-ce qui fait qu’un Concile est vraiment œcuménique? Quatre conditions: 1° qu’il soit convoqué par le Pape; 2° que tous les évêques y soient convoqués; 3° qu’il soit présidé par le Pape en personne, ou par ses Légats; 4° que ses décrets soient confirmés par le Pape.

Or, n’est-il pas clair comme le jour que le Concile du Vatican a rempli pleinement ces quatre conditions? Donc il est parfaitement œcuménique.

Il n’a pas été moins parfaitement libre. La liberté ne peut être entravée que par la violence ou les menaces de quelque ennemi du Pape ou des Évêques. Or, au Concile du Vatican, rien de semblable. Les gouvernements ne s’en sont pas mêlés (grâce à Dieu); et les révolutionnaires n’ont pas osé bouger : il n’y a donc pas eu l’ombre de pression extérieure.

Il n’y a pas eu davantage de pression au dedans. Le règlement du Concile, vrai chef-d’œuvre de prudence, de sagesse et de prévoyance, laissait à toutes les opinions la pleine liberté de se produire, soit par écrit, soit de vive voix; les abus seuls étaient prévenus et écartés. Une patience vraiment admirable a présidé à toutes les discussions; il a fallu le parti pris de la passion pour oser dire le contraire.

Dans la seule discussion de l’infaillibilité, déjà mûrie par quantité d’écrits pour et contre, plus de cent Évêques ont parlé pendant une heure, une heure et demie, deux heures; la question a été présentée sous toutes ses faces; et la clôture des débats, toujours demandée et votée selon toutes les règles, n’a jamais empêché aucune lumière de se produire.

Le Pape, Chef du Concile, a respecté jusqu’au bout la liberté des Évêques; les Évêques ont respecté avec un juste amour l’autorité du Pape. Quoi donc de plus libre que ce grand Concile! L’autorité n’y a réprimé que la licence.

Ceux qui prétendent que le Concile du Vatican n’a été ni libre ni œcuménique sont ou bien des gens qui ne savent pas ce qu’ils disent, ou bien des esprits rebelles qui cherchent à éluder les décisions de la sainte Église. Ce sont ou des ignorants ou des traitres. Il n’est permis à aucun catholique d’avancer de ces choses-là. Il serait vraiment trop commode d’échapper ainsi à l’obéissance. Jamais aucun hérétique ne pourrait être convaincu et condamné.

XI. Que la cause du Pape est notre cause, à tous.

On n’y pense pas assez : la cause du Pape est, pour chacun de nous, une cause personnelle, une cause d’où dépend directement notre bonheur ou notre malheur, ici-bas d’abord, puis dans l’éternité. Voyez plutôt:

Sans le Pape, il n’y a pas d’Église, comme il n’y a pas de corps virant sans tête, pas d’armée sans chef. Sans l’Église, il n’y a pas de christianisme: l’Église est la divine gardienne du christianisme, de la foi, de l’Évangile, de la morale chrétienne, des sacrements, de tous les canaux de la grâce. Enfin, sans la religion chrétienne, le monde entier retombe dans la barbarie païenne, c’est-à-dire-dans l’odieuse domination de l’homme sur l’homme, dans le culte et la pratique de tous les vices, et dans tous ces horribles abus qu’on appelait le césarisme, l’esclavage, la polygamie, le culte du démon.

En pratique, la paix et le bonheur de l’humanité reposent donc sur la religion chrétienne, qui est la seule vraie religion; sur l’Église catholique, qui seule est la vraie Église; et, au sommet de l’Église, sur le Pape, seul Chef suprême de l’Église.

Ce qui touche au Pape, intéresse tout le monde, jusqu’au dernier fidèle. Les sociétés secrètes, qui étendent leurs ramifications dans le monde entier, font aujourd’hui une guerre à mort à la Papauté.Si elles venaient à réussir, ne fut-ce que pour un temps, tous les évêques, tous les chrétiens seraient immédiatement atteints, comme tous les membres, tous les organes d’un homme sont mortellement atteints par le coup qui vient abattre ou briser la tête. En pratique, le Pape, c’est pour nous la paix dans le service de Dieu, la sécurité dans la foi, la lumière dans ]a voie du devoir et du salut; c’est la possession tranquille et la jouissance des choses saintes, des consolations divines de la Religion, soit dans la vie, soit à l’heure suprême de la mort; c’est le baptême de nos petits enfants; ce sont les joies ineffables de la première communion; c’est la prédication régulière de la parole de Dieu, la célébration du Saint-Sacrifice et de nos belles fêtes religieuses: c’est Jésus-Christ demeurant avec nous dans ses tabernacles; c’est le consolant pardon du confessionnal; c’est le maintien de la famille chrétienne; c’est l’éducation religieuse de la jeunesse; c’est la conservation des vrais principes et des bonnes mœurs; en un mot, c’est le bonheur public, c’est la paix, le salut des sociétés chrétiennes, des familles et des individus. Voilà ce que nous est le Pape, voilà ce que le Pape nous représente, ce qu’il nous apporte, ce qu’il nous conserve. Voilà ce qu’est sa cause.

Pour nier cela, il faudrait nier la foi, nier la divine mission de l’Église, nier Jésus-Christ, nier Dieu ; c’est-à-dire perdre la tête.

Nous autres catholiques, nous sommes les grands bienfaiteurs du monde, par cela seul que nous maintenons hautement les droits, la cause sacrée du Pape envers et contre tous.

Cette cause est la cause de Dieu, la grande cause du salut public; nous ne saurions trop nous y dévouer. Coûte que coûte, il faut la faire triompher; sans quoi le monde est perdu.

XII. Pourquoi la cause du pouvoir temporel du Pape est une cause religieuse à laquelle tout chrétien doit s’intéresser vivement.

Eh, c’est bien simple: le pouvoir temporel du Pape est la garantie de l’indépendance de son pouvoir spirituel; le Pape n’est Roi que pour pouvoir exercer librement son ministère de Pape: voilà pourquoi la cause du pouvoir temporel est, au fond, quoi qu’on en dise, une cause toute religieuse, une cause beaucoup plus spirituelle que temporelle.

Voilà aussi pourquoi les ennemis de l’Église attaquent à outrance ce pauvre temporel, et tâchent de le faire passer pour une affaire purement politique. Ils savent bien qu’il n’en est rien; ils savent ce qu’ils veulent: le renversement du Chef de l’Église, et partant de l’Église elle-même; mais, pour ne pas trop effaroucher les peuples, à leur avis encore trop chrétiens, ils enveloppent leur complot dans le manteau de la politique et se croient dès lors tout permis contre le Saint- Pierre.

Ce qu’il y a de douloureux, c’est de voir des millions et des millions de braves gens donner en plein dans le panneau, et croire naïvement ce que ces séducteurs leur ont corné aux oreilles. Ils font dès lors cause commune avec les impies, et quand le crime sera consommé (si Dieu permet qu’il le soit jamais) il sera trop tard pour se repentir utilement.

De grâce, unissons-nous comme les soldats d’une même armée, et ne laissons pas l’ennemi dépouiller le Roi de nos âmes; unissons-nous comme les membres d’une même famille, et ne laissons pas les voleurs ravir le bien de notre père. Le Pape a besoin d’être protégé et environné de la majesté du pouvoir royal, parce qu’il est le père spirituel de la grande famille humaine, qui se doit à elle-même de maintenir son Chef dans un état de liberté et de grandeur proportionné il sa dignité suprême. C’est comme Roi, et non pas seulement comme homme, ni comme évêque, que le Pape a droit à l’assistance efficace de tous les chrétiens. Cette assistance doit être grande, doit être royale, comme il convient à un Pontife-Roi; et l’on ne saurait trop exalter l’importance, l’excellence, la nécessité de la grande œuvre catholique du Denier de saint Pierre.

Le Denier de saint Pierre est une aumône: oui; mais c’est une aumône catholique et royale. C’est l’aumône glorieuse que les enfants de Dieu ont l’honneur et le bonheur d’offrir chaque année au Vicaire de Jésus-Christ pour l’aider à vivre d’une manière digne de la sainte Église catholique, c’est-à-dire en Roi.

Fermons l’oreille aux calomnies absurdes de la mauvaise presse, relativement au pouvoir temporel et aux abus du Denier de saint Pierre. Ne nous lassons pas de donner au Saint-Père. Il aura besoin de nous, aussi longtemps que ses ennemis retiendront injustement et sacrilègent les quatre cinquièmes de ses États, qui jadis suffisaient largement à tous ses besoins de Roi-Pontife. Surtout ne nous laissons jamais séduire par les belles paroles de ces messieurs, et n’oublions pas qu’à plusieurs reprises, et en particulier aux grandes solennités du Centenaire, en 1867, le Pape, et avec lui tout l’épiscopat, a proclamé solennellement la nécessité du pouvoir temporel; il a déclaré que, dans l’état actuel du monde, le pouvoir temporel était la seule véritable garantie de l’indépendance de son ministère spirituel; et il a de nouveau frappé d’excommunication tous ceux qui d’une manière ou d’une autre, par leurs paroles, ou par leurs écrits, ou par leurs actes, directement ou indirectement, oseraient attaquer le pouvoir temporel du Saint-Siège. Jugez par là si cette cause doit être chère à un cœur chrétien !

XIII. Pourquoi la Révolution est l’ennemie mortelle du Pape et de l’Église.

Ce qu’on appelle la Révolution, c’est une grande et universelle révolte de la société contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et contre son Église. C’est un ensemble de soi-disant principes, d’idées et de systèmes, mis en avant au siècle dernier par Voltaire, Rousseau et quelques autres impies, afin de déchristianiser la société. Voilà ce que c’est que la Révolution, ni plus ni moins. C’est la guerre à l’Église, érigée en principe, c’est la guerre à toutes les institutions sociales de l’Église, et par conséquent à la monarchie chrétienne, telle que l’Église l’avait donnée au monde sur les ruines du césarisme païen et de l’esclavage.

Un révolutionnaire est donc un homme qui adopte ces principes et ces idées détestables, qui se laisse attraper par les illusions de ces systèmes comme par les dents d’un engrenage. Il peut n’être pas un méchant homme, un rouge, comme on dit; mais, qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou qu’il ne le veuille pas, il est un révolutionnaire, un homme à principes faux, à principes anticatholiques; il est soldat de la Révolution; il est dans le camp des ennemis mortels de Jésus-Christ, de l’Église et de la foi. Certes, il n’y a pas là de quoi plaisanter, et il faut y regarder de près.

Il y a des révolutionnaires dans tous les rangs de la société; il y en a et beaucoup parmi les hommes d’État, dans les Chambres, dans les palais et jusque sur les trônes. Plus ils sont haut placés, plus ils sont dangereux.

Que la Révolution soit l’ennemie acharnée du Pape, personne ne songe à le nier; c’est non-seulement évident et hautement avoué, mais de plus c’est nécessaire: la Révolution repousse le Pape et l’Église, comme la nuit repousse le soleil et la lumière; et réciproquement, le Pape repousse la Révolution, comme le jour repousse et combat la nuit.

De quel côté nous rangerons-nous ? Sous quel chef, dans quelle armée voulons-nous combattre ! Il n’y a pas à dire, il faut combattre; nul ne peut rester neutre. « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » a dit Jésus Christ. Le Pape, son Vicaire, répète ce même cri de guerre et de salut: « Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi. » Tel est aussi, du reste, le mot d’ordre de la Révolution et de Satan, son digne père.

Si nous ne voulons pas apostasier notre baptême, notre foi, notre Dieu; si nous voulons sauver notre âme et contribuer à sauver la France et le monde, soyons de vrais catholiques, et détestons de toutes nos forces, repoussons toutes ces idées malsaines et mortelles que la Révolution sème à pleines mains dans tous les rangs de la société.

Elle les sème au nom de la politique, par l’organe de la plupart des gouvernements modernes, qui ont perdu la foi. Elle les sème au nom sacré de « la Loi» qu’elle fait ainsi servir au mal et à l’injustice. Elle les sème par la presse, par des milliers de journaux, par des millions de romans, de pamphlets et de mauvais livres, qui infiltrent les principes révolutionnaires dans les campagnes comme dans les villes, chez les pauvres comme chez les riches, dans les ateliers, dans les chaumières comme dans les palais et dans les académies. Elle en infecte notre jeunesse par des systèmes d’enseignement et d’éducation sans religion. Elle pénètre partout; elle veut tout envahir.

Parfois même elle s’affuble du masque de la Religion; elle dit qu’elle est chrétienne, qu’elle aime et vénère la morale de l’Évangile et qu’elle n’attaque l’Église et le sacerdoce, que pour supprimer les abus et donner aux peuples une religion plus pure. C’est entr’autres le jargon des Loges maçonniques, institution essentiellement anticatholique, et qui cache son véritable esprit sous des apparences de bienfaisance et de fraternité. Tenons bien contre toutes ces menées perfides. Soyons des chrétiens tout de bon. Gardons la pureté de nos principes: ils viennent de Dieu ils sont vrais; seuls, ils apportent le bonheur. Veillons à nos lectures, surtout aux journaux. Écoutons docilement la voix de nos prêtres. La Révolution est la grande ennemie de Dieu et des enfants de Dieu: combattons-la partout de notre mieux, sous la direction du Vicaire de Dieu et des ministres de Dieu.

XIV. Ce que c’est qu’aimer et respecter le Pape.

C’est avant tout lui obéir et demeurer fidèle à la sainte Église. Comme Notre-Seigneur, le Pape peut dire: « Celui qui m’aime, observe mes lois. »

Aimer et respecter le Pape, c’est croire d’une très-ferme et très-pure foi tout ce que l’Église enseigne, et particulièrement ce qu’enseigne le Pape, Chef de l’Église, relativement aux erreurs du siècle où l’on vit. La pureté d’une foi bien catholique est la hase du religieux amour que nous devons tous au Pape.

Aimer et respecter le Pape, c’est prendre à cœur les intérêts de la Religion, de l’Église, du Saint-Siège. Le dévouement est inséparable du véritable amour; on se dévoue parce qu’on aime. L’indifférence religieuse est un signe certain que l’on n’aime ni le Pape ni Celui dont le Pape est le Vicaire.

Quand on aime, quand on respecte le Pape, on ne parle de lui qu’avec révérence; on ne se permet pas de juger sa personne sacrée, ni ses actes ; on accueille avec un cœur filial toutes ses décisions, et on ne permet à personne de les contredire, encore moins de les railler. Quel est le bon fils qui laisserait tranquillement insulter son père! Si l’on ne peut toujours imposer silence aux gens, on peut du moins et l’on doit toujours se séparer d’eux. Rougir du Pape devant n’importe qui, serait une faiblesse indigne d’un vrai catholique.

Enfin, celui qui aime et respecte le Pape, n’épargne rien pour sa cause, et il tâche de lui gagner les sympathies de tous ceux au milieu desquels il vit. Si tous les catholiques remplissaient bien ce grave devoir, l’Église n’aurait pour ainsi dire rien à craindre des complots des impies. Unis à nos prêtres, à nos Évêques et au Vicaire de Jésus-Christ, nous formerions une armée véritablement invincible.

Que la Vierge Marie daigne répandre dans tous nos cœurs cet esprit d’union, de foi et d’obéissance! Qu’elle daigne nous obtenir de son Fils un franc et véritable amour pour l’infaillible Vicaire de son Fils! Surtout en ce temps-ci, c’est la grâce des grâces; et je vous la souhaite, ami lecteur.

Qu’il me soit permis d’avertir ici les personnes qui désireraient s’éclairer davantage sur celle question capitale, que je publie, en même temps que cet opuscule purement populaire, un autre petit travail, dédié aux gens du monde, et intitulé : Le dogme de l’infaillibilitéJ’ai tâché d’y résumer très-brièvement et très-clairement toute la question. D’abord j’y expose la doctrine de l’infaillibilité; puis, je passe en revue les objections soulevées contre cette doctrine ; puis enfin, les objections soulevées contre le décret et le Concile.

 J’ose recommander ce petit traité à la méditation de tous ceux qui auraient lu les brochures ou les journaux opposés jadis à la définition. Il est très-dangereux de garder des ombres et des préjugés, du moment qu’il s’agit d’une vérité de foi.

(1) Des découvertes historiques récentes, dues au savant abbé Darras, établissent que ces deux indignes, Jean XII et Benoit IX, ont été des intrus, de faux papes, imposés par la violence, dont l’élection n’a eu rien de canonique, et qui n’ont eu de Papes que le nom.

Mgr Louis-Gaston de Ségur (1820-1881)
Le Pape est infaillible (Opuscule populaire)  Paris, Tolra et Haton, 1870

Disponible ici :
http://www.saint-remi.fr/details-catalogues.php?id=%20105

Voir aussi :
Le dogme l’infaillibilité, Mgr de Ségur
La peur du Pape, Mgr Gaume
A quoi sert le Pape, Mgr Gaume

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