Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (26)

Mgr De SégurObjection : Hors l’Église, pas de salut ! Quelle intolérance ! Je ne puis admettre une règle aussi cruelle !

Réponse : Voilà ce que vous ne pouvez pas admettre dans le sens où vous l’entendez, savoir : Quiconque n’est pas catholique est damné.

Mais voilà aussi comment on critique la Religion parce qu’on ne la comprend pas, et comment on lui fait dire des choses qui lui font horreur.

Cette parole, en effet, entendue comme l’Église l’enseigne, est la plus simple des vérités, une vérité de bon sens. « Hors l’Église, pas de salut, » c’est dire : Hors la lumière, les ténèbres ; hors le blanc, le noir ; hors le bien, le mal; hors la vie, la mort; hors la vérité, l’erreur, etc.

Où est donc le mystère de tout cela ? Où est donc la difficulté?

« Hors l’Église, pas de salut, » signifie tout bonnement « qu’on est obligé, sous peine de péché grave, de croire et de pratiquer la vraie religion (qui est la Religion catholique) lorsqu’on est à même de le faire. » Cela signifie que « vous péchez, et par conséquent vous perdez votre âme, si vous rejetez volontairement la vérité, quand elle se montre à vous. »

Y a-t-il là quelque chose d’extraordinaire? Y a-t-il de quoi crier à l’intolérance, à la cruauté ?

Un protestant, un schismatique, n’est pas damné par cela seul qu’il est protestant ou schismatique. S’il est de bonne foi dans son erreur, c’est-à-dire s’il n’a pas pu, pour une raison ou pour une autre, connaître et embrasser la foi catholique, il est considéré par l’Église comme faisant partie de ses enfants ; et, s’il a vécu selon ce qu’il a cru être la vraie loi de Dieu, il a droit au bonheur du ciel, comme s’il eût été catholique.

Il y a, Dieu merci ! Un grand nombre de protestants dans cette bonne foi, et, même parmi leurs ministres, il s’en rencontre parfois. M. de Chéverus, évêque de Boston, en a converti deux, très-savants et très-pieux; et, après leur retour à l’Église catholique, ils déclaraient au bon évêque que, jusqu’à l’époque où ils l’avaient connu, ils n’avaient jamais eu de doutes sur la vérité de leur religion.

Ne nous inquiétons pas, du reste, du jugement que Dieu fera des protestants ou des incrédules. Nous savons, d’une part, que Dieu est bon, qu’il veut le salut de tous, et, d’autre part, qu’Il est la justice même. Servons-le de notre mieux, et ne nous inquiétons pas des autres.

On confond d’ordinaire deux choses essentiellement distinctes : l’intolérance en fait de doctrine et l’intolérance en fait de personnes; et, après avoir tout mêlé, on fait l’indigné, on crie à la dureté, à la barbarie !

Si l’Église enseignait ce qu’on prétend qu’elle enseigne, oui, elle serait dure et cruelle, et l’on aurait grand’peine à la croire.

Mais il n’en est rien. L’Église n’est intolérante que dans la mesure juste, vraie, nécessaire. Pleine de miséricorde pour les personnes, elle n’est intolérante que pour les doctrines. Elle fait comme Dieu, qui, en nous, déteste le péché et aime le pécheur.

L’intolérance doctrinale est le caractère essentiel de la vraie religion. La vérité, en effet, qu’elle est chargée d’enseigner, est absolue, est immuable. Tout le monde doit s’y adapter; elle ne doit fléchir devant personne. Quiconque ne la possède point, se trompe. Il n’y a point de transactions possibles avec elle ; c’est tout ou rien. Hors d’elle, il n’y a que l’erreur.

L’Église catholique seule a toujours eu cette inflexibilité dans son enseignement. C’est la preuve la plus frappante peut-être de sa vérité, de la divine mission de ses Pasteurs.

Indulgente pour les faiblesses, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais pour les erreurs. « Si quelqu’un ne croit point ce que j’enseigne, dit-elle dans les règles de foi formulées par ses conciles, qu’il soit anathème ! » c’est-à-dire, retranché de la société chrétienne.

La vérité seule parle avec cette puissance.

Les gens qui accusent l’Église de cruauté à propos de l’intolérance qu’ils lui prêtent, ont-ils lu dans le Contrat social de Rousseau, le grand apôtre de la tolérance, cette touchante maxime : « Le souverain peut bannir de l’État quiconque ne croit pas les articles de foi de la religion du pays… Si quelqu’un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, QU’IL SOIT puni de mort! » (Livre 4, ch. 8.)

Quelle tolérance ! ! !

Il faut avouer que l’Église s’y entend mieux que ceux qui veulent lui en remontrer.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 26, ESR.

Publicités