Les quatre saints couronnés, fêtés le 8 Novembre

8 NOVEMBRE LES QUATRE SAINTS COURONNES MARTYRS (306?)

Au temps où Dioclétien, ayant abdiqué, cultivait à Salone, selon la légende, ses beaux légumes, mais s’occupait aussi de faire construire, pour sa résidence, un splendide palais, les carrières fameuses de Pannonia occupaient un grand nombre d’ouvriers. Beaucoup de chrétiens y avaient été envoyés en vertu des édits de persécution, pour en extraire les blocs de marbre ; parmi eux se trouvait l’évêque d’Antioche, Cyrille ; mais d’autres, serviteurs du Christ plus ou moins avérés, y exerçaient l’art de tailleurs de pierre ou de sculpteurs : tels étaient Claudius, Nicostrate, Castorius et Simpronianus Entre les six cent vingt-deux artisans qui, sous les ordres de cinq architectes ou ingénieurs, exécutaient les ordres du vieil empereur, les quatre chrétiens se faisaient remarquer par leur habileté. Ce qui sortait de leurs mains était de purs chefs-d’œuvre : colonnes, chapiteaux, urnes, coupes et boîtes à parfums, statues et statuettes, ils réussissaient tout, et tout également bien.

Dioctétien, qui venait souvent visiter les carrières et qui se piquait de goût, en était dans l’admiration et comblait d’éloges et de présents les artistes, dont au reste il ignorait la foi. Mais en revanche leurs compagnons, et même les directeurs des travaux, les jalousaient et attribuaient volontiers leur merveilleux talent et la rapidité infaillible de leur ciseau à des incantations magiques ; car ils avaient remarqué que jamais Claudius et ses amis n’attaquaient un bloc sans avoir fait un geste singulier, qui n’était autre qu’un signe de croix. Mais alors ni le marbre de Thasos ou de Proconnèse ni le porphyre le plus dur ne leur résistaient. Ils semblaient s’amollir pour eux, et leurs instruments ne s’y émoussaient même pas.

Or l’empereur avait commandé d’exécuter en marbra un groupe représentant le Soleil monté sur un char à quatre chevaux, dont chacun devait être fait d’une seule pierre. Sur le choix du bloc, les artistes ne s’entendaient pas. « Laissez-moi faire, dit Simpronîanus ; avec mes amis je vous promets de trouver ce qu’il faut. » Au nom du Seigneur Jésus-Christ, en effet, le choix fut bientôt fait ; et l’œuvre entière accomplie, Dioclétien vint la voir. Il en fut ravi ; aussitôt il ordonna d’élever en ce lieu même un temple où serait exposée la statue du Soleil. Il voulut qu’à ses quatre artistes préférés fussent confiés les plus difficiles ouvrages : les chapiteaux ornés d’acanthe, qui devaient couronner les colonnes. Le temple entier devait être en porphyre.

Sur cette pierre au grain dur et serré, les outils se brisaient, sauf ceux des chrétiens. Un ouvrier païen dont les ciseaux éclataient sans entamer le bloc, remarqua cette étrange différence : il était d’âme droite et s’appelait Simplicius. Il s’adressa à Claudius : « Donne, je te prie, lui dit-il, à mon fer cette trempe qui rend le tien infrangible. Claudius prit l’outil, Je bénit au nom du Christ Jésus et le rendit à Simplicius, qui désormais travailla sans encombre. Mais sa curiosité s’était éveillée ; il voulut savoir quelle était la puissance qu’avait invoquée Claudius, et celui-ci n’eut garde de laisser passer cette occasion de jeter dans une âme le germe de la Foi. Simplicius n’opposa nulle résistance ; instruit bientôt, il demanda le baptême ; ses -amis nouveaux le conduisirent à l’évêque Cyrille, qui était enchaîné en prison. Apprenant cette conversion simple et touchante, il fut ému d’amour divin et versa sur le front de Simplicius l’eau qui le marquait pour le ciel et pour le martyre.

Désormais ils étaient cinq à travailler au nom de Jésus. La faveur de Dioclétien ne les quittait pas : c’était toujours de nouveaux ouvrages qu’il commandait, mais aussi de nouveaux bienfaits qui récompensaient l’habileté des artistes. En même temps la haine des architectes croissait.

L’occasion de l’assouvir se présenta bientôt. Enhardis peut-être par la bienveillance impériale, peut-être par l’écho que leur parole avait éveillé dans l’âme de Simplicius puis de quelques autres, les chrétiens ne cachaient plus leur foi. Bien que la persécution fût très cruelle à ce moment, ils osèrent avouer leur Dieu, reconnurent hautement leur baptême et fournirent ainsi des armes à leurs ennemis.

Dioclétien avait voulu que ses sculpteurs préférés lui fissent, outre des Victoires et des Amours, une statue d’Esculape, Tirer du marbre des feuilles d’acanthe, des coupes, voire des symboles comme était une Victoire, un chrétien le pouvait ; mais dresser en pied une idole à qui s’adresseraient les prières des hommes, c’est à quoi ils ne pouvaient consentir. Claudius et ses amis s’abstinrent d’exécuter la statue d’Esculape. Dioclétien la réclama. Les architectes en profitèrent pour dénoncer la religion des artistes, qui leur défendait d’obéir.

L’empereur, dont l’esprit de tolérance ne s’était prêté qu’avec répugnance à signer les édits de persécution réclamés par Galère, ne montra pas d’abord de colère. Il fit comparaître devant lui les coupables, et, malgré leurs aveux, se borna à leur réitérer ses ordres. Mais enfin, irrité de leur résistance, et du reste sans cesse excité par les directeurs des carrières, il renvoya les accusés devant un tribun, Lampadius, qu’il chargea d’instruire la cause et de punir les dénonciateurs si les artistes consentaient à sacrifier devant les idoles. Lampadius mit à réussir dans cette commission toute sa modération et toute son adresse. Il se heurta à l’inébranlable décision des cinq confesseurs. En vain les pressa-t-il à plusieurs reprises ; en vain essaya-t-il de briser leur courage en les tenant en prison. Les voyant inflexibles, il recourut à l’empereur : S’ils s’entêtent, dit celui-ci, fais-les battre de scorpions (c’est-à-dire de fouets armés de pointes de fer) ; s’ils cèdent, amène-les devant ma Mansuétude. » Cinq jours après, Lampadius les interrogeait encore et, sur leur refus constant d’apostasier, ordonnait de les frapper. Mais aussitôt, disent les Actes, « il fut saisi du démon et, se déchirant de ses propres mains, il expira sur son tribunal même ».

Alors Dioclétien, poussé à bout par les lamentations de la femme et des enfants du malheureux tribun, et par les criailleries sanguinaires des architectes, prononça : « Qu’on prépare des cercueils-de plomb, qu’on y enferme vivants les cinq accusés et qu’on les jette dans le fleuve. » L’ordre fut exécuté ; Clauclius, Nicostraste, Simpronianus, Castorius et leur fils spirituel Simplicius furent ensevelis vivants dans les eaux du Danube, — ou peut-être de la Save. C’était le 6 des ides de novembre. Quarante-deux jours après, les corps saints furent retirés du fleuve par un chrétien nommé Nicodème et ensevelis par lui dans sa maison. On les transporta plus tard à Rome, où une église élevée sur le mont Célius leur fut donnée comme sépulture.

La couronne avait été gagnée par cinq martyrs ; néanmoins, peut-être parce que les quatre premiers étaient liés par une plus ancienne amitié, l’usage s’est établi d’honorer la sainte troupe tout entière sous le nom des Quatre Couronnés.

Il est vrai que, le 8 novembre, le Martyrologe romain désigne sous ce titre quatre autres martyrs dont le culte aurait été joint à celui des premiers, bien qu’ils eussent souffert deux ans plus tard et sous un anonymat que seule une révélation divine aurait levé après un temps assez long. Mais les Bollandistes estiment que ce second groupe, inconnu du reste des plus anciens documents, a été imaginé par un interpolateur en quête d’un moyen d’expliquer l’appellation consacrée par la coutume aux Saints honorés au mont Coelius. Son récit en effet est calqué sur l’histoire de Claudius et de ses compagnons, et les noms de Severus, Severianus, Carpophorus et Victorinus, dont il les décore, sont empruntés à quatre martyrs qui subirent la mort à Albano et sont honorés au 8 août.

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