Mgr de Ségur répond aux objections contre la religion (17)

Mgr De SégurObjection : Toutes les religions sont bonnes.

Réponse : Toutes les religions sont bonnes en ce sens qu’il vaut mieux en avoir une, n’importe laquelle, que de n’en pas avoir du tout ; mais non point en ce sens qu’il est indifférent de professer celle-ci ou celle-là.

Vous pensez peut-être que, pourvu qu’on soit à peu près honnête homme, il importe peu que l’on soit Païen, Juif, Turc, Chrétien, Catholique, Protestant ; que toutes les religions sont des inventions humaines, dont le bon Dieu doit fort peu s’inquiéter?

Mais, dites-moi, où avez-vous appris cela? Et qui vous a révélé que tous les cultes que l’on voit sur la terre soient également agréables au Seigneur ?

Parce qu’il y a de fausses religions, s’ensuit-il qu’il n’y en ait pas une véritable? Et parce qu’on est entouré de trompeurs, n’est-il plus possible de discerner un ami sincère?

Vous avez découvert que Dieu accueille avec le même amour et le Chrétien qui adore Jésus-Christ, et le Juif qui ne voit en lui qu’un vil imposteur ? Qu’il est bon et permis d’adorer, à la place du Dieu suprême, dans les contrées païennes, Jupiter, Mars, Priape, Vénus? De rendre, en Égypte, les honneurs divins aux crocodiles sacrés et au bœuf Apis? Chez les Phéniciens, de sacrifier ses enfants an Dieu Moloch? En Gaule ou au Mexique, d’immoler des milliers de victimes humaines aux affreuses idoles qu’on y vénère? Ailleurs, de se prosterner devant un tronc d’arbre, devant des pierres, des plantes, des débris d’animaux, restes impurs de la mort ? De répéter, du fond du cœur, « à Constantinople, à Dieu est Dieu, et Mahomet est son Prophète! » A Rome, à Paris, d’abhorrer tous ces faux dieux, de mépriser ce même Mahomet comme un imposteur?

Mais il est impossible que vous le croyiez sérieusement ! — Voilà ce que vous dites cependant : « Toutes les religions sont bonnes. »

Pourquoi ne pas avoir plutôt le mérite de la franchise, et ne pas avouer que vous ne voulez pas vous donner la peine de chercher la vérité, qu’elle vous importe peu et que vous la tenez pour oiseuse?

La recherche de la vérité religieuse, inutile !… Insensé ! Et si, contrairement à votre affirmation que rien n’appuie, Dieu a imposé à l’homme un ordre d’hommages déterminé? Si, entre toutes les religions, une seule est LA RELIGION, la vérité religieuse, absolue, comme toute vérité, rejetant tout mélange, excluant tout ce qui n’est pas Elle ?… à quel sort vous exposez-vous? Croyez-vous que votre indifférence vous excusera devant le tribunal du souverain Juge? Et pouvez-vous sans folie braver une si terrible perspective ?

Mais voyez donc la misère de l’homme sans une Religion divine ! Voyez-le avec les pâles lueurs de sa raison, abandonné au doute, souvent même à l’ignorance la plus inévitable, la plus périlleuse, sur les questions fondamentales de ses destinées, de ses devoirs, de son bonheur! « D’où viens- je? Qui suis-je? Où vais-je ? Quelle est ma fin dernière ? Comment dois-je y tendre? Qu’y a-t-il par-delà cette vie? Qu’est-ce que Dieu? Que veut-il de moi? etc., etc. »

Laissée à ses seules forces, que répond la raison à ces immenses problèmes ? Elle balbutie, elle reste muette ; elle donne des probabilités, des peut-être, insuffisants mille fois pour nous faire surmonter la violence des passions, pour nous maintenir dans le rude sentier du devoir!…

Et vous voudriez que le Dieu de toute sagesse, de toute bonté, de toute lumière, ait abandonné de la sorte sa créature raisonnable, l’homme, le chef-d’œuvre de ses mains ?

Non, non. Il a fait luire à ses yeux une céleste lumière, qui, répondant aux besoins impérieux de son être, lui révèle, avec une divine évidence, et la nature, et la justice, et la bonté, et les desseins de ce Dieu, son premier principe et sa fin dernière ; une lumière qui lui montre la voie du bien et la voie du mal, ouvertes toutes deux devant lui, aboutissant l’une à d’éternelles joies, l’autre à une éternelle punition; une lumière qui, au milieu des fausses lueurs dont la corruption humaine l’a environnée , se distingue par la seule splendeur de sa vérité ; une lumière qui illumine, qui vivifie, qui perfectionne tout ce qu’elle pénètre. . .

Et cette lumière, c’est la Révélation chrétienne, le Christianisme, la seule Religion qui ait des preuves, la seule qui éclaire la raison, qui sanctifie le cœur, qui, ramenant toute notre perfection morale à la connaissance et à l’amour du bon Dieu, soit digne et de Dieu et de nous-mêmes.

Quelle langue humaine pourrait dire tous les titres du Christianisme à notre croyance ?

Voyez-le, dès l’abord, remonter au berceau du monde par les Prophéties qui l’annoncent, par la foi, l’espérance et l’amour des saints Patriarches, et par les cérémonies du culte mosaïque et primitif qui le figurent !

Il a toujours été, en effet, une seule et même religion, bien qu’il se soit développé en trois phases successives :

 1° Dans la religion patriarcale, qui dura depuis Adam jusqu’à Moïse;

 2° Dans la religion juive, que Moïse promulgua de la part de Dieu, et qui dura jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ;

 3° Dans la Religion chrétienne ou catholique, enseignée par Jésus-Christ lui-même, prêchée par ses Apôtres.

Il se développait, dès l’origine, avec lenteur et majesté, comme toutes les œuvres de Dieu; — comme l’homme, qui passe par l’enfance, puis par l’adolescence, avant d’arriver à la perfection de l’âge; — comme le jour qui passe par le crépuscule et l’aurore avant de luire en son plein midi ; — comme la fleur, qui est un bourgeon d’abord, puis un bouton fermé, avant de laisser entrevoir les richesses de son sein.

Et ainsi le Christianisme, et lui seul, embrasse l’humanité tout entière; il domine tout, le temps, les siècles. Il part de l’Éternité pour rentrer dans l’Éternité ; il sort de Dieu pour se reposer éternellement en Dieu !…

Tout en lui est digne de son auteur. Tout y est vérité et sainteté. Et ceux qui l’étudient y découvrent une merveilleuse harmonie, une beauté, une grandeur, une évidence de vérité toujours croissantes, à mesure qu’ils en scrutent les dogmes.

Il touche et purifie le cœur, en même temps qu’il éclaire l’esprit. Il remplit l’homme tout entier.

 Le caractère sublime, surhumain, incomparable de Jésus-Christ, son fondateur ;

La perfection divine de sa vie ;

La sainteté de sa loi ;

La sublimité pratique de la doctrine qu’il a enseignée ;

Son langage, qui est une folie s’il n’est divin ;

Le nombre et l’évidence de ses miracles, reconnus même par ses ennemis les plus acharnés;

La puissance de sa Croix :

Les circonstances de son ineffable Passion, toutes prédites à l’avance;

 Sa Résurrection glorieuse, annoncée par lui-même à quatorze reprises à ses disciples, et l’incrédulité même de ses Apôtres, que l’évidence même obligea de croire à la vérité de la résurrection de leur Maître ;

 Son ascension au Ciel en présence de plus de cinq cents témoins ;

 Le développement surnaturel de son Église, malgré toutes les impossibilités naturelles, physiques et morales ; Les éclatants miracles qui ont accompagné par toute la terre la prédication de ses Apôtres, pécheurs ignorants et timides, changés tout à coup en docteurs et en conquérants du monde ;

 La force surhumaine de ses neuf millions de martyrs;

 Le génie des Pères de l’Église écrasant toutes les erreurs par la seule exposition de la foi chrétienne ;

 La sainte vie des vrais chrétiens opposée à la corruption et à la faiblesse naturelle des hommes ;

 La métamorphose sociale que le Christianisme a opérée, et opère encore de nos jours, dans tous les pays où il pénètre ;

Enfin, sa durée, l’immutabilité de son dogme, de sa constitution, de sa hiérarchie catholique; son indissoluble unité au milieu des empires qui tombent, des sociétés qui se modifient ; tout nous montre que le doigt de Dieu est là, et qu’il n’est en la puissance de l’homme ni de concevoir, ni de faire, ni de conserver une pareille œuvre.

 Il y a donc, vous le voyez, une vraie Religion, UNE seule, la Religion chrétienne.

Elle seule est LA RELIGION, c’est-à-dire le lien sacré qui nous rattache à Dieu, notre Créateur et notre Père.

Elle seule nous transmet la vraie doctrine religieuse, ce que Dieu nous apprend sur lui-même, sur sa nature, sur ses œuvres, sur nous, sur notre éternelle destinée, sur nos devoirs moraux.

Toutes les autres prétendues religions qui enseignent ce que le Christianisme rejette, qui rejettent ce qu’il enseigne, paganisme, judaïsme (1) , mahométisme , quelles qu’elles soient, sont donc fausses, et, dès lors, mauvaises. Ce sont des inventions humaines, tandis que la Religion est une institution divine. Ce sont des imitations sacrilèges de la vraie Religion, comme la fausse monnaie est une imitation criminelle de la véritable.

Ne serait-ce pas folie que de dire : « Toutes les pièces de monnaie sont bonnes, » sans distinguer les vraies des fausses ?

Il serait encore plus insensé de répéter désormais cette parole à laquelle nous venons de répondre ; « Toutes les religions sont bonnes. »

C’est ou une impiété énorme ou une énorme sottise ; une impiété, si on la dit par indifférence ; une sottise, si on la dit par ignorance ou par étourderie.

 (1) Pour la religion juive, il y a une difficulté spéciale; car, ayant été, dans les desseins de Dieu, la préparation à l’avènement du Messie, et comme la seconde phase de la vraie religion, elle a été, mais; depuis Jésus-Christ, elle n’est plus la vraie religion. Le judaïsme était comme l’échafaudage du maçon, nécessaire pour construire l’édifice. Une fois la maison achevée, l’échafaudage doit être enlevé; il n’est plus qu’un obstacle inutile et fâcheux.

Le juif entêté a laissé la maison pour garder l’échafaudage ; il a sacrifié la réalité à la figure. Depuis l’avènement du Messie, sans temple, sans autels, sans sacrifices, le peuple juif, dispersé dans le monde, ou il ne peut être détruit, porte avec lui son cadavre de religion ; il subsiste à travers les siècles, selon la prédiction de Jésus-Christ, pour servir de témoin perpétuel au Christianisme, comme l’ombre d’un corps en prouve l’existence.

 

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 17, ESR.

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