Mgr de Ségur répond aux objections contre la religion (15)

Mgr De SégurObjection : Je ne crois que ce que je comprends. Un homme raisonnable peut-il croire les mystères de la Religion ?

Réponse : Alors ne croyez donc rien, rien au monde, pas même que vous vivez, que vous voyez, que vous parlez, que vous entendez, etc., etc.; car je vous défie de comprendre aucun de ces phénomènes.

Qu’est-ce, en effet, que la vie? Qu’est-ce que la parole? Qu’est-ce que le son? Qu’est-ce que le bruit, la couleur, l’odeur, etc. ?

Qu’est-ce que le vent? Où commence-t-il? Où et pourquoi et comment cesse-t-il? Qu’est-ce que le froid, le chaud?

Qu’est-ce que dormir? Comment se fait-il que, pendant le sommeil, mes oreilles, demeurant ouvertes absolument comme lorsque je veille, je n’entende plus rien? Pourquoi, comment me réveillé-je? Et que se passe-t-il alors?

Qu’est-ce que la fatigue, la douleur, le plaisir, etc., etc.?

Qu’est-ce que la matière, ce je ne sais quoi qui prend toutes les formes, toutes les couleurs, etc. ?

Qui comprend ce que c’est ?

Comment peut-il se faire qu’avec mes yeux, qui sont deux petites boules toutes noires en dedans, je voie tout ce qui m’entoure, et jusqu’à des millions de lieues (les étoiles, par exemple) ?

Comment se fait-il que mon âme se séparerait de mon corps si, régulièrement, je ne faisais entrer dans ce corps, par la nourriture, des morceaux de bêtes mortes, de plantes, de légumes, etc. ?

Tout est mystère (1) en moi, jusqu’aux choses les plus animales, les plus vulgaires.

Quel est le savant qui a compris le comment et le pourquoi des phénomènes de la nature ? Quel est celui qui en a compris un seul ? Quels mystères !!!…

Et je veux comprendre CELUI qui a fait tous ces êtres que je ne puis comprendre ! Je ne comprends pas la créature, et je veux comprendre le Créateur! Je ne comprends pas le fini, et je veux comprendre l’infini ! Je ne comprends pas un gland, une mouche, un caillou, et je veux comprendre DIEU et tous ses enseignements !!!…

 Mais c’est absurde ! Il n’y a rien autre chose à répondre.

 Les mystères de la Religion sont comme le soleil. Impénétrables en eux-mêmes, ils éclairent et vivifient ceux y qui marchent avec simplicité à leur lumière; ils n’aveuglent que l’œil audacieux qui veut sonder leur splendeur.

Les mystères sont au-dessus de la raison, et non pas contraires à la raison. Ce qui est bien différent. — La raison ne voit pas, par ses seules forces, la vérité qu’ils expriment ; mais elle ne voit pas non plus l’impossibilité de cette vérité.

Non, la foi n’est pas contraire à la raison. Bien loin de là, elle est sa sœur et son aide. C’est une lumière plus brillante qui vient s’ajouter à une première lumière.

La foi est à la raison ce qu’est le télescope à l’œil nu. L’œil, avec le télescope, voit ce qu’il ne peut apercevoir seul. Il pénètre dans des régions qui lui sont inaccessibles sans ce secours. Direz-vous que le télescope est contraire à la vue ?

 Telle est la foi. Elle ne fait que régler et étendre la raison. Elle la laisse s’appliquer à tout ce qui est de son ressort; et là où viennent expirer ses forces naturelles, elle la prend, la relève et la fait pénétrer dans des vérités nouvelles, surnaturelles, divines, jusque dans les secrets de Dieu.

 Je crois donc les mystères de la Religion comme je crois les mystères de la nature, parce que je sais qu’ils existent.

Je sais que les mystères de la nature existent, parce que des témoins irrécusables me l’attestent : mes sens et le sens commun.

Je sais que les mystères de la Religion existent, parce que des témoins plus irrécusables encore me l’attestent : Jésus-Christ et son Église (2). Ma raison me sert à examiner, à peser la valeur de leur témoignage. Mais, une fois qu’avec le flambeau de la philosophie, de la critique et du bon sens, j’ai examiné les faits qui me prouvent la vérité, la divinité, l’infaillibilité de ces témoignages, ma raison a terminé son œuvre-; la foi doit lui succéder, la raison m’a conduit à la vérité. Elle parle; je n’ai plus qu’à écouter, qu’à ouvrir mon âme, qu’à croire, qu’à adorer.

Ma foi aux mystères chrétiens est donc souverainement raisonnable. Elle prouve un esprit solide et logique. Ma raison m’a dit : « Ces témoins ne peuvent te tromper ni se tromper. Ils t’apportent du Ciel LA vérité !» — Je manquerais à ma raison si je ne croyais pas à leur parole.

C’est une pitoyable faiblesse d’esprit que de ne vouloir croire que ce que l’on comprend.

 (1) Un mystère est une vérité, dont nous pouvons connaître avec certitude l’existence, mais que nous ne pouvons comprendre en elle- même que d’une manière imparfaite. Tout est mystère, pour qui sait réfléchir, dans la nature comme dans la Religion. C’est le cachet des œuvres de Dieu.

(2) Voyez aux n. 17, 18 et 19, la question de la divinité de Jésus-Christ et de son Eglise. 

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 15, ESR.

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