Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (14)

Mgr De SégurObjection : Les Prêtres devraient se marier. Le célibat est contre la nature.

Réponse : Non pas contre la nature, mais au-dessus de la nature ; ce qui est tout différent. Aussi la chasteté du Prêtre n’est-elle point naturelle, mais surnaturelle ; elle vient de la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, dans le sacrement de l’Ordre, donne à son ministre un caractère divin et une vertu surnaturelle qui l’élève au-dessus des autres hommes.

Dieu n’a point de compagne ; son Prêtre n’en doit point avoir.

« Le Grand Esprit n’a point de femme, disait un chef indien à un capitaine américain qui lui proposait des missionnaires protestants ; ses Prêtres doivent faire de même. Puisque les tiens sont mariés, nous n’en voulons pas. Ils nous ressemblent et ne nous serviraient de rien. »

Jésus-Christ, Dieu fait homme, a gardé la parfaite continence. Son envoyé doit suivre la même voie. « Le disciple est parfait quand il ressemble au Maître. »

C’est la chasteté qui entoure le Prêtre de sa divine auréole. C’est elle qui l’investit d’une puissance morale telle, qu’il a désormais le droit d’attaquer les vices de ses frères, de leur conseiller non-seulement le bien, mais la perfection, de consoler le repentir, de pénétrer des secrets tellement intimes que la fille n’ose les dire à sa mère, l’épouse à son époux, le frère à son frère.

Mariez le Prêtre; le thaumaturge disparaît, l’homme seul demeure!

Les apologistes du mariage des Prêtres le savent bien, ils ne veulent qu’une chose : humaniser le Prêtre, c’est-à-dire le « déprêtriser ».

Ils sentent que ces hommes à la parole si austère deviendraient les plus accommodants du monde, si on pouvait leur donner femme et enfants. Occupés de leur ménage, ils n’auraient plus guère le temps de s’occuper des affaires du Bon Dieu ni des consciences de leurs paroissiens.
Et puis, on ferait les affaires du Ciel en famille. Pour obtenir l’indulgence du curé, on flatterait Madame, on soupirerait auprès de Mademoiselle aînée, on admirerait, devant le papa, l’esprit, la bonne mine de la sainte progéniture, fût-elle plus sotte qu’un panier, plus laide qu’une chenille. Le mari-papa-confesseur n’y tiendrait pas et donnerait tout ce que l’on voudrait.

Malheur au Prêtre et malheur à nous, si une femme le touche ! Car « une vertu sort aussitôt de lui; » la vertu vivifiante qui ressuscite les âmes; la vertu puissante qui les soutient et les pousse dans la voie de Dieu; surtout la vertu des vertus du Prêtre, celle qui le rend l’arbitre du cœur de Dieu et du cœur des hommes. … la Charité !

Oui, la Charité, la Charité apostolique qui embrasse dans ses étreintes tous les hommes, les pauvres comme les riches, les méchants comme les bons, les inconnus comme les proches, c’est la virginité qui l’allume et qui l’entretient. Ce corps sacerdotal que la charité immole chaque jour au soulagement, au salut du prochain, la continence a dû auparavant le consacrer sans Réserve au service de Dieu !…

Il sera humain, compatissant, jamais il ne sera martyr celui qui a dans le cœur l’amour d’une femme.

Il pourra s’attendrir sur le pauvre et l’orphelin, mais il ne se donnera point tout à eux, celui qui doit les affections premières de son cœur et les premières économies de sa bourse à l’entretien, à l’éducation, à l’avenir de ses propres enfants.

Le morceau de pain qu’il s’ôterait peut-être de la bouche pour sustenter l’affamé qui pleure à sa porte, il n’osera l’arracher aux mains de son fils.

Cette vie que, dans un fléau public, dans une contagion, il voudrait sacrifier au salut de ses frères, il la doit, il la conservera à sa famille !… Que deviennent les plus généreuses résolutions devant les larmes d’une épouse chérie et les caresses d’un enfant ?

Le mariage est le meurtre solennel du Prêtre. Si nous voulons que nos Prêtres nous sauvent (et eux seuls peuvent nous sauver), laissons-les seuls avec Jésus-Christ ! Ont-ils donc, d’ailleurs, si fort envie de se marier? Pas le moins du monde, je vous le jure. — Depuis quand marie-t-on les gens malgré eux ?

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 14, ESR.

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