Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (10)

Mgr De SégurObjection : Il y a des savants et des gens d’esprit qui ne croient pas à la religion.

Réponse : Que conclure de là, si ce n’est que, pour être chrétien, pour recevoir de Dieu le don de la foi, il ne suffit pas d’avoir de la science profane ni de l’esprit ; mais qu’il faut, en outre, avoir un cœur droit, pur, humble, bien disposé ; prêt à faire les sacrifices qu’imposera la connaissance de la vérité ?

Or, voilà ce qui manque au petit nombre de savants qui sont irréligieux.

1° Ou bien ils sont indifférents et ignorants en matière de religion ; absorbés dans leurs études mathématiques, astronomiques, physiques, ils ne pensent ni à Dieu ni à leur âme ; et alors il n’est pas étonnant qu’ils ‘entendent rien aux choses de la Religion. Par rapport à la Religion, ils sont ignorants, et leur jugement sur elle n’a pas plus de valeur que celui d’un mathématicien sur la musique ou la peinture. Il y a tel savant qui est plus ignorant en Religion qu’un enfant de dix ans assidu au catéchisme.

2° Ou bien, ce qui arrive plus souvent, ces hommes sont des orgueilleux qui veulent juger Dieu, traiter avec lui d’égal à égal, et mesurer sa parole aux dimensions de leur faible raison. L’orgueil est le plus profond des vices. Aussi sont-ils justement repoussés comme des téméraires, et privés des lumières qui ne sont données qu’aux cœurs simples et humbles. Le bon Dieu n’aime pas les insurrections.

3° Ou bien enfin, ce qui arrive plus souvent encore, et ce qui, habituellement, est joint aux deux autres vices, ces savants ont des passions mauvaises qu’ils ne veulent pas abandonner, et qu’ils savent incompatibles avec la Religion chrétienne. Si l’on veut, en outre, peser le nombre et la valeur des témoignages, la difficulté disparaît entièrement.

On peut affirmer que depuis dix-huit cents ans, parmi les hommes éminents de chaque siècle, il n’y a pas eu un incrédule sur vingt.

Et, parmi ce faible nombre d’incrédules, on peut affirmer encore que la plupart ne furent point stables dans leur incrédulité et se réfugièrent, avant de mourir, dans les bras de cette Religion qu’ils avaient blasphémée. — Tels furent, entre autres, plusieurs des chefs de l’école voltairienne du dernier siècle, Montesquieu, Buffon, la Harpe, etc.

Voltaire lui-même, malade à Paris, fit appeler le curé de Saint-Sulpice un mois environ avant sa mort. — Le danger passa, et, avec le danger, la crainte de Dieu. Mais une seconde crise survint ; les amis de l’impie accoururent… Son médecin, témoin oculaire, nous atteste que Voltaire réclama de nouveau les secours de la Religion… mais cette fois ce fut en vain ; on ne laissa point le prêtre pénétrer jusqu’au moribond, lequel expira dans un hideux désespoir !

D’Alembert voulut également se confesser ; et il en fut empêché, comme l’avait été son maître, par les philosophes qui entouraient son lit. — « Si nous n’eussions été là, disait l’un d’eux, il eût fait le plongeon comme les autres ! »

Quelle valeur morale ont ces hommes ? Et que prouve leur irréligion, surtout si vous leur opposez la foi éclairée des plus grands savants, des plus profonds génies, des hommes les plus vénérables qui aient paru sur la terre ?

La foi, notez-le bien, leur imposait, comme à tous les hommes, des contraintes désagréables, des devoirs assujettissants. L’évidence seule de la vérité du Christianisme a pu forcer leur adhésion.

Sans parler de ces admirables docteurs que l’Église appelle les Pères, et qui furent presque les seuls philosophes, les seuls savants des quinze premiers siècles, tels que saint Athanase, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Jérôme, saint Augustin, saint Bernard, saint Thomas d’Aquin (l’homme le plus prodigieux peut-être qui ait jamais existé), combien de noms magnifiques la Religion ne compte-t-elle pas sur la liste de ses enfants ?

Roger Bacon, Copernic, Descartes et Pascal, Malebranche, d’Aguesseau, Lamoignon, Matthieu Molé, Cujas, Domat, de Maistre, de Bonald, etc.… parmi les grands philosophes, les jurisconsultes et les savants du monde ;

Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Massillon, parmi les grands orateurs ;

Corneille, Racine, le Dante, le Tasse, Boileau et Chateaubriand, etc., parmi les littérateurs et les poètes.

Et nos gloires militaires, ne sont-elles pas pour la plupart des gloires religieuses? Charlemagne n’était-il pas chrétien? Godefroid de Bouillon, Tancrède, Bayard, du Guesclin, Jeanne d’Arc, Grillon, Vauban, Villars, Catinat, etc., n’abaissaient-ils pas devant la Religion leurs fronts glorieux ceints des lauriers de mille victoires? Henri IV, Louis XIV, étaient chrétiens. Turenne était chrétien; il avait communié le jour même de sa mort. — Le grand Condé était chrétien. — Et au-dessus de tous, saint Louis, ce véritable héros, cet homme si aimable et si parfait, la gloire de la France en même temps que de l’Église.

Chacun sait les sentiments du grand Napoléon touchant le Christianisme. Dans l’enivrement de sa puissance et de son ambition, il s’écarta gravement, je le sais, et des règles et des devoirs pratiques de la Religion, mais il en conservait toujours la croyance et le respect. « Je suis chrétien, catholique romain, disait-il; mon fils l’est comme moi ; j’aurais un grand chagrin si mon petit-fils ne pouvait l’être. » — « Le plus grand service que j’ai rendu à la France, ajoutait-il encore, c’est d’y avoir rétabli la Religion catholique. Sans la Religion, où en seraient les hommes ? Ils s’égorgeraient pour la plus belle femme ou pour la plus grosse poire ! »

Lorsqu’il se trouva seul avec lui-même à Sainte-Hélène, il se prit à réfléchir à la foi de son enfance ; et, dans son profond génie, Napoléon jugea la foi catholique véritable et sainte.
Il demanda à la Religion ses consolations suprêmes, il implora le pardon du Pape Pie VII, qu’il avait abreuvé de tant d’outrages.

Il fit venir à Sainte-Hélène un prêtre catholique, et il assistait à la messe célébrée dans ses appartements. Il recommandait à son cuisinier de ne pas servir gras les jours maigres. Il étonnait les compagnons de son exil par la force avec laquelle il exposait les doctrines fondamentales du catholicisme.

Étant près de mourir, il congédia les médecins, fit venir l’abbé Vignali, son aumônier, et lui dit : « Je crois à Dieu ; je suis né dans la Religion catholique : je veux remplir les devoirs qu’elle impose et recevoir les secours qu’elle administre… »

Et l’empereur se confessa, reçut le saint Viatique et l’Extrême -Onction. — « Je suis heureux d’avoir rempli mes devoirs, dit-il au général Montholon. Je vous souhaite, général, d’avoir, à votre mort, le même bonheur… Je n’ai point pratiqué sur le trône, parce que la puissance étourdit les hommes. Mais j’ai toujours eu la foi; le son des cloches me fait plaisir, et la vue d’un prêtre m’émeut. — Je voulais faire un mystère de tout ceci ; mais c’est de la faiblesse… Je veux rendre gloire à Dieu !…»

Puis il ordonna lui-même que l’on dressât un autel dans la chambre voisine, pour l’exposition du Saint-Sacrement et les prières des Quarante-Heures.

Ainsi mourut Napoléon, en chrétien.

Ne craignons pas de nous tromper à la suite de tous ces grands hommes, dont le nombre, la science religieuse et surtout la valeur morale l’emportent mille fois sur les quelques hommes qui méconnurent le Christianisme.

L’orgueil, — la passion de science profane qui les absorbait tout entiers, — d’autres passions encore plus violentes et plus honteuses, — sont des raisons plus que suffisantes pour expliquer leur incroyance ; tandis que la vérité de la Religion a pu seule, nous le répétons, incliner le front des autres sous le joug sacré du catholicisme !

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 10, ESR.

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