Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (9)

Mgr De SégurObjection : Il faut jouir de la vie ; il faut prendre du bon temps ; car le bon Dieu n’a pu nous faire que pour nous rendre heureux.

Réponse : Oh, oui! Dieu, dans sa bonté, ne nous a faits que pour nous rendre heureux ! Mais la grande question est de ne pas nous méprendre sur le bonheur.

Vous cherchez à être heureux. Vous avez raison. Mais gardez-vous de vous tromper dans le choix des moyens ! Plusieurs voies sont ouvertes devant vous : une seule est la vraie… Malheur à qui en prend une fausse !!!…

Cette erreur est plus facile que jamais de nos jours; car jamais, je pense, la France n’a été inondée de plus de doctrines mensongères sur ce sujet. — Des hommes coupables ou égarés répandent de tous côtés, et par les mille moyens que fournit la presse, des doctrines qui, flattant toutes les passions, pénètrent aisément dans l’esprit des populations.

Ils veulent nous persuader que nous ne sommes sur la terre que pour jouir ; que les espérances de la vie future sont des chimères ; que le bonheur consiste dans la prospérité matérielle, dans l’argent et dans les jouissances que procure l’argent. — C’est la doctrine du plaisir.
C’est la doctrine qui cherche en ce moment à prévaloir sur le Christianisme et à matérialiser le bonheur. — Dans le siècle dernier on l’appelait Philosophie; de notre temps, on l’appelle Communisme, Fouriérisme, Socialisme, etc.

Je ne vous ferai pas l’injure de vous prouver que ce bonheur de jouissance est dégradant. Cela saute aux yeux. Ce qui nous distingue des bêtes, le bien, la vertu, le dévouement, l’ordre moral, il l’anéantit. L’homme ne diffère plus de son chien que par la peau et la figure ; le bonheur est le même pour l’un comme pour l’autre : la satisfaction de tous ses penchants, la jouissance !

Mais ce dont on n’est point assez convaincu, et ce sur quoi je veux appeler votre attention, c’est l’impossibilité pratique de la doctrine communiste, l’absurdité de son bonheur universel.

Je voudrais vous faire toucher du doigt son opposition absolue avec la nature des choses, avec les faits existants que nul ne peut changer; vous convaincre qu’elle n’est qu’un rêve, une dangereuse et ridicule utopie, et que sous les grands mots dont elle se pare, il n’y a rien, absolument rien.
S’il est un fait avéré, aussi clair que la lumière du soleil, c’est sans contredit la triste nécessité où nous sommes tous ici-bas de souffrir et de mourir ; c’est la condition humaine dans ce qui lui est essentiel sur la terre ; c’est l’état où je suis, où vous êtes, où ont été nos pères, où seront nos enfants, d’où nul effort humain ne nous peut retirer.

N’y a-t-il pas, je le demande, ici-bas, et n’y aura-t-il pas toujours, toujours et toujours, des maladies, des peines, des douleurs? N’y a-t-il et n’y aura-t-il pas toujours des veuves et des orphelins ? Des mères pleurant inconsolables devant le berceau vide de leur enfant?…

N’y a-t-il pas et n’y aura-t-il pas toujours des conflits de caractères, des chocs de volonté, des déceptions profondes ?

Rien ne pourra-t-il changer cet état de choses? Une organisation nouvelle de la société, quelle qu’elle soit, empêchera-t-elle que nous ayons des maladies, des souffrances, des fluxions de poitrine, la fièvre, la goutte, le choléra ? Que nous perdions ceux que nous aimons ?. . . Empêchera-t-elle les intempéries si désagréables des saisons, la rigueur du froid d’hiver, l’ardeur brûlante du soleil d’été?… Empêchera-t-elle que l’homme n’ait des vices? Qu’il n’ait de l’orgueil, de l’égoïsme, de la violence, de la haine ? Empêchera-t-elle surtout de mourir ?

Tout cela est-il ou n’est-il pas ? Et n’est-il point aussi certain, aussi indubitable que cela est, qu’il est certain que cela sera toujours ? Il faudrait avoir perdu la tète pour le nier.

Et que devient, dites-moi, en présence de ce fait, que devient, au milieu de tant de maux inévitables, cette jouissance constante, CE BONHEUR TERRESTRE PARFAIT que nous promet le Communisme ? — La seule approche de la maladie, du chagrin et de la mort suffit pour l’anéantir !… Et ces terribles ennemis sont toujours à notre porte.

Donc, votre Communisme, votre Socialisme (appelez-le comme vous voudrez) est un rêve, une vaine utopie, contraire à la nature des choses.
Donc, il se trompe, ou il me trompe, quand il me promet le repos du bonheur sur la terre, où il ne peut être, et quand il le fait consister dans un état impossible de jouissances.
Donc, il faut que je le cherche autre part ; car il est quelque part, je le sais ; la sagesse, la bonté, la puissance de Dieu, m’en sont un sûr garant…

Où donc ? — Là où me le montre le Christianisme : en germe sur la terre, en perfection dans le Ciel.

Le Christianisme, lui, s’accorde parfaitement avec le grand fait de notre condition mortelle. Il nous explique le redoutable problème de la souffrance et du bonheur.

Il prend l’homme tout entier et tel qu’il est ; il tient compte des faits essentiels que méconnaît le Communisme (la dégradation originelle, la condamnation à ta pénitence, la Rédemption de Jésus-Christ, la nécessité d’imiter le Sauveur pour avoir part à sa Rédemption, la vie éternelle qui nous attend, etc.). Il ne raisonne point en l’air, comme le Communisme, et sur des suppositions chimériques.

Le Communisme ne voit en nous que l’écorce, il oublie le noyau, l’âme. — Le Christianisme n’oublie point l’écorce, le corps, mais il voit aussi le noyau, et il trouve que le noyau vaut encore mieux que l’écorce. — Il rapporte tout à l’âme, à l’éternité, à Dieu.

Par une action aussi douce que puissante, il purge peu à peu l’âme de son orgueil, de ses cupidités, de ses concupiscences, de ses excès, de son égoïsme, en un mot de tous ses vices ; et il pénètre ainsi à la racine la plus profonde de la plupart de ces maux que nous constations tout à l’heure. Presque toujours, en effet, nos malheurs viennent de nos passions ; et ces passions, le Christianisme les apaise, il les contient, il les dompte.

Il donne à notre cœur cette joie, cette paix si douce que produit la pureté de la conscience.

La foi nous montre clairement la voie qui mène au bonheur; l’espérance et l’amour nous font courir dans cette voie, et rendent doux, aimable, le joug du devoir !

S’il fait tant pour l’âme, le Christianisme, nous l’avons dit, n’oublie pas le corps. Nous avons dit plus haut les soins dont il l’entoure.

Il s’en occupe, non comme du principal et du maître (ce serait un désordre), mais comme de l’accessoire et du compagnon. Il le conserve par la sobriété et la chasteté ; il le sanctifie par le culte extérieur, par la réception les sacrements, et surtout par l’union au corps sacré de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. . .

Il recueille ses derniers soupirs ; il l’accompagne avec honneur jusque dans sa demeure dernière ; et, là encore, il ne lui dit point un éternel adieu î… Il sait qu’un jour, ce corps chrétien, purifié parle baptême de la mort, sortira radieux de sa poussière, ressuscitera dans la gloire, sera réuni à son âme, et goûtera avec elle, dans le paradis, d’ineffables délices!…

Tel est le Christianisme.

Il connaît, il promet, il donne le bonheur.

Il donne sur la terre ce qui est possible sur la terre. S’il ne donne pas tout, c’est que tout ne doit pas, ne peut pas être donné ici-bas.

Il appuie ses promesses des preuves les plus irréfragables. Ce qu’il n’a point encore, le chrétien sait, est SUR, qu’il l’aura un jour…

Aussi, tout vrai chrétien est HEUREUX. Il a des chagrins, des douleurs… Il est impossible de n’en pas avoir; mais son cœur est toujours rempli, toujours calme et content.

Le Socialisme traite-l-il ainsi les pauvres égarés qu’il berce de ses chimères? Il promet ce que nulle puissance humaine ne peut donner ; il promet l’impossible… Il n’a point d’autres preuves que l’audacieuse affirmation de ses chefs; et ses chefs sont-ils bien propres à inspirer la confiance?

« Le monde sera heureux, disent-ils, quand tout sera changé. » — Oui ; mais quand tout sera-t-il changé? — Si, comme nous croyons l’avoir prouvé, ce changement est contraire à la nature des choses, le monde court grand risque de ne jamais connaître le bonheur !

Le Socialisme fait comme ce perruquier gascon qui mettait sur son enseigne :
« Demain, ici, on rase pour rien. »

Demain restait toujours demain; et aujourd’hui n’arrivait jamais.

Le Communisme veut la récompense sans le travail ; le Chrétien veut la récompense après le travail.

L’un dit comme les mauvais ouvriers, l’autre comme les bons. Aussi tout fainéant, tout paresseux reçoit-il volontiers les doctrines du Communisme, et repousse-t-il instinctivement la voix de la Religion.

Que notre France se garde donc de ces promesses creuses, mais séduisantes, dont ses ennemis remplissent leurs journaux, leurs romans, leurs pamphlets…

Qu’elle les repousse ; qu’elle fasse justice, par son mépris, des hommes qui ne rougissent pas de proposer à leurs frères l’ignoble bonheur des bêtes, la jouissance !

Relevons la tête ! Ranimons notre foi engourdie ; soyons, redevenons chrétiens ! Là seulement est le remède à nos maux. Apprenons à comprendre, comme nos pères, les divines leçons que le grand Maître nous a laissées sur le bonheur : « Heureux, dit-il, heureux les pauvres en esprit » (c’est-à-dire ceux qui sont détachés des biens fragiles de la terre) ; car le Royaume DU CIEL est à eux !

«Heureux ceux qui sont doux et pacifiques ; parce qu’ils seront les enfants de Dieu ! « Heureux ceux qui pleurent ; parce qu’ils seront consolés ! »

« Heureux les miséricordieux; car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur ; car ils verront Dieu ! »

Instruisons-nous, pénétrons-nous de cette religion catholique qui a créé la France ! Pénétrons-en notre esprit, notre cœur, nos habitudes, nos institutions, nos lois!… Nous aurons le bonheur possible en ce monde, et le bonheur parfait dans l’autre !

Qui veut plus est un insensé qui n’aura ni l’un ni l’autre.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 9, ESR.

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