Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (7)

Mgr De SégurObjection : Ma religion, à moi, c’est de faire du bien aux autres.

Réponse : Rien de mieux. C’est aussi ce que la Religion chrétienne nous ordonne avec le plus d’insistance; elle va même jusqu’à assimiler ce devoir au grand et fondamental devoir d’aimer Dieu : « Tu aimeras, nous dit-elle, le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur; c’est là le premier commandement. Et voici le second, qui est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Ce sont les propres paroles de Jésus-Christ (Év. s. Matth. , ch. 22) ; mais il ajoute quelque chose à quoi vous ne prenez pas garde : « En ces DEUX commandements consiste toute la loi. »

Vous, dont la religion, dites-vous, consiste seulement à faire du bien aux autres, vous supprimez un des deux commandements, le principal, celui qui, ordinairement, fait naître l’antre, qui le développe, L’alimente, le fait monter jusqu’à l’héroïsme, celui qui seul l’élève à la hauteur d’un devoir religieux : le commandement de l’amour de Dieu et l’obligation de le servir.

Il faut avoir ses deux jambes pour marcher, n’est-il pas vrai? Également, pour remplir notre destinée sur la terre et arriver au ciel, il faut la pratique des deux grands commandements :

1° Tu aimeras ton Dieu.
2° Tu aimeras tes frères comme toi-même.

Aussi le deuxième subsiste-t-il bien rarement là où ne règne pas le premier ; l’expérience de dix-neuf siècles est là pour l’attester. Les chrétiens qui appuient l’amour de leurs semblables sur l’amour de Dieu sont les seuls qui les aiment véritablement, efficacement, purement et constamment.

Quels ont été les plus grands bienfaiteurs de l’humanité souffrante ? Des Saints, c’est-à-dire des hommes brûlant de l’amour de Dieu.

Pour n’en citer qu’un, entre tous, voyez saint Vincent de Paul, ce héros de la charité fraternelle, ce père de tous les malheureux, qui fait encore du bien par toute la terre au moyen des œuvres bienfaisantes qu’il a fondées! Qu’était Vincent de Paul? Un prêtre, un homme de l’Église ! Où puisait-il ce prodigieux dévouement envers ses semblables? Dans l’amour de Dieu, dans la pratique de la Religion de Jésus-Christ.

Quelles sont les institutions de bienfaisance qui prospèrent le plus (pour ne pas dire qui prospèrent seules) ? Quelles sont celles qui vivent, qui se développent, qui subsistent à travers les siècles ? Celles que fonde l’Église; elles qui reposent sur une pensée religieuse ; celles que couronne la croix de Jésus-Christ !

Qui a fondé les hospices? L’Église.

Qui a recueilli dans tous les temps, qui, de nos jours encore, malgré les entraves que d’aveugles gouvernements lui suscitent, recueille toutes les misères soit de l’âme, soit du corps, soit de l’enfance, soit de l’âge viril, soit de la vieillesse ? L’Église.

Qui a créé, pour soulager chacune de ces misères, des ordres religieux d’hommes et de femmes, appliqués les uns aux petits enfants abandonnés, les autres à l’éducation des pauvres, les autres au soin des malades, ceux-ci au soin des fous, ceux-là à la rédemption des captifs, à l’hospitalité des voyageurs, etc. , etc. ? L’Église, et l’Église seule.

C’est elle qui enfante les plus parfaits dévouements à l’humanité ; c’est elle qui fait la sœur de charité, comme elle fait le missionnaire et le moine du Saint-bernard! — Toujours l’amour de Dieu, comme fondement le plus solide de l’amour des hommes î

De notre temps, plus que jamais, on parle beaucoup d’humanité, de fraternité, d’amour des pauvres.
On bâtit des systèmes ; les belles paroles ne coûtent rien : on fait des livres et des discours. Pourquoi tout cela a-t-il si peu de résultats ? Parce que la Religion ne vivifie pas ces efforts. Un effet ne peut exister sans sa cause; la cause, le principe le plus fécond de la charité fraternelle, est la charité divine ou l’amour de Dieu.

Méfiez-vous donc des beaux systèmes de fraternité qui font abstraction de la Religion. Sans Notre-Seigneur Jésus-Christ il n’y a pas d’amour des hommes efficace, pur, solide et durable.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 7, ESR.

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