Don Sarda y Salvany – Le libéralisme est un péché – Chapitre 11

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XI

De la dernière et de la plus solennelle condamnation du libéralisme par le Syllabus

Résumant tout ce qui a été dit du libéralisme par le Pape en divers documents, nous ne pouvons que rappeler les suivantes et très dures épithètes dont, en différentes occasions, il l’a qualifié. Dans son bref(note: 1er avril 1874) à Mgr de Ségur au sujet de son livre si connu l’Hommage note: Titre complet : « Hommage aux jeunes catholiques-libéraux »., il l’appelle perfide ennemi ; dans son allocution à l’évêque de Nevers (note : 18 juin 1871), la véritable calamité actuelle ; dans sa lettre au Cercle catholique de Saint-Ambroise à Milan (note: 6 mars 1873), un pacte entre la justice et l’iniquité ; dans le même document, il le dit plus funeste et plus dangereux qu’un ennemi déclaré ; dans la lettre à l’évêque de Quimper (note : 28 juillet 1873) déjà citée, un virus occulte ; dans le bref aux Belges (note: 8 mai 1873), une erreur sournoise et insidieuse; dans un autre bref à Mgr Gaume (note: 15 janvier 1872), une peste très pernicieuse. Tous ces documents peuvent se lire en entier dans le livre de Mgr de Ségur que nous avons mentionné, Hommage aux catholiques libéraux.

Cependant le libéralisme pouvait avec une certaine apparence de raison récuser l’autorité de ces déclarations pontificales, parce que toutes avaient été faites dans des documents de caractère purement privé. L’hérésie est toujours sophistiquée et tenace, elle se raccroche à tous les prétextes et à toutes les excuses pour éluder une condamnation. Un document officiel, public, solennel, d’un caractère général, universellement promulgué, et par conséquent définitif, était donc devenu nécessaire. L’Église ne pouvait refuser cette formelle et décisive parole de son souverain magistère à l’anxiété de ses fils. Elle la leur accorda, et ce fut le Syllabus du 8 décembre 1864.

Tous les bons catholiques l’accueillirent avec un enthousiasme qui n’eut d’égal que le paroxysme de fureur avec lequel le saluèrent les libéraux. Quant aux catholiques-libéraux, ils crurent plus prudent de le frapper de côté au moyen d’interprétations artificieuses. Les uns et les autres eurent raison de lui accorder une souveraine importance. Le Syllabus est un catalogue officiel des principales erreurs contemporaines en forme de propositions concrètes, telles qu’on les rencontre dans les auteurs les plus connus parmi ceux qui les ont propagées. On y trouve donc en détail toutes celles qui constituent le dogmatisme libéral. Quoique le libéralisme ne soit nommé que dans une seule de ces propositions, il est certain que la plupart des erreurs mises là au pilori sont des erreurs libérales ; et que par conséquent de la condamnation de chacune d’elles résulte la condamnation totale du système. Nous ne ferons que les énumérer rapidement ici.

Condamnation

-de la liberté des cultes (propositions 15e, 77 e et 78 e) ;

– du placet gouvernemental (propositions 20e et 28e) ;

– de la désamortisation (propositions 16e et 27e) ;

– de la suprématie absolue de l’État (proposition 39e) ;

– du laïcisme dans l’enseignement public (propositions 45e, 47e et 48e) ;

– de la séparation de l’Église et de l’État (proposition 15e) ;

– du droit absolu de légiférer sans Dieu (proposition 56e) ;

– du principe de non-intervention (proposition 63e) ;

– du mariage civil (propositions 73e et autres) ;

– de la liberté de la presse (proposition 79e) ;

– du suffrage universel comme source d’autorité (proposition 60e) ;

– enfin du nom même de libéralisme (proposition 80e).

Plusieurs livres, exposant clairement et succinctement chacune de ces propositions, ont été écrits depuis lors ; on peut y recourir. Mais l’interprétation et le commentaire les plus autorisés du Syllabus se doivent à ceux qui l’ont combattu, aux libéraux de toutes nuances nous le présentant comme leur ennemi le plus détesté, comme le symbole le plus complet de ce qu’ils appellent le cléricalisme, l’ultramontanisme et la réaction. Satan, qui, si mauvais qu’il soit, n’est pas un sot, vit très clairement où portait un coup si bien asséné ; aussi a-t-il apposé à cette œuvre grandiose le sceau le plus autorisé après celui de Dieu, le sceau de son inextinguible haine. Croyons-en sur ces point le père du mensonge ; car ce qu’il abhorre et ce qu’il diffame tire de là une garantie sûre et certaine de sa vérité.

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