Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (3)

Mgr De SégurObjection : Quand on est mort, tout est mort.

Réponse : Oui, chez les chiens, les chats, les ânes, les serins, etc. Mais vous êtes bien modeste si vous vous mettez du nombre.

I- Vous êtes un homme, mon cher, et non pas une bête. Il est étrange qu’on ait besoin de vous le dire. Vous avez une âme, capable de réfléchir, de faire le bien ou le mal, et cette âme est immortelle; les bêtes n’en ont pas.
Ce qui fait l’homme, c’est l’âme; c’est à dire ce qui pense en nous, ce qui nous fait connaitre la vérité et aimer le bien. C’est ce qui nous distingue des bêtes. Voilà pourquoi c’est une si grande injure que de dire à quelqu’un : « vous êtes une bête, vous êtes un animal, » etc. C’est lui refuser sa première gloire, celle d’être homme.


Donc, dire : « Quand je serai mort, je serai mort tout entier, » c’est dire je suis une bête, une vraie brute et un animal. Et quel animal encore ! Je vaux bien moins que mon chien, car il court plus vite, dort mieux, y voit plus loin, a le nez plus fin, etc., etc. ; moins que mon chat, qui y voit la nuit, qui n’a pas à s’inquiéter de son vêtement, de sa chaussure, etc. En un mot, je suis une très pauvre bête, et le plus indigent des animaux !
Si cela vous fait plaisir, dites-le ; croyez-le, si vous le pouvez ; mais permettez-nous d’être un peu plus fier que vous et de déclarer hautement que nous sommes des hommes. C’est bien le moins.

II- Eh ! que deviendrait le monde si votre assertion était fondée ? Ce serait un véritable coupe-gorge ! — Le bien et le mal, la vertu et le vice, ne seraient plus que de vains mots, ou plutôt d’odieux mensonges !
Pourquoi, en effet, si, d’une part je n’ai rien à craindre dans une autre vie, et si, d’autre part, je m’arrange avec adresse pour n’avoir rien à craindre en celle-ci, pourquoi ne volerai-je pas, ne tuerai-je pas, quand mon intérêt m’y engagera ? Pourquoi ne me livrerai-je pas à tous les raffinements du libertinage ? Pourquoi contenir mes passions ? Je n’ai rien plus à craindre ; ma conscience est une voix menteuse à qui j’imposerai silence… Une seule chose attirera mon attention : ce sera d’éviter les regards du commissaire de police et du gendarme. — Le bien, pour moi, comme pour tout homme censé, sera de leur échapper ; le mal, d’être attrapé par eux.
« Quel langage ! Dites-vous ; il faudrait avoir perdu la tête pour le tenir sérieusement. »
Sans doute. Et cependant, si tout était fini pour nous au jour de la mort, ce langage si odieux, si absurde, je vous défierai de le confondre.
S’il n’y avait pas une vie future, je vous défierais de me montrer en quoi Saint Vincent de Paul est plus estimable que Cartouche !
Par les fruits, jugez donc l’arbre, comme l’enseignent le bon sens et les Évangiles. — Par les horribles conséquences, jugez le principe…Et osez répéter : « Quand on est mort, on est mort tout entier ! » — Nous saurons désormais ce que cela veut dire…

III- Contraire au bon sens, le matérialisme l’est encore au sentiment général et invincible de tous les hommes. Partout et toujours, on a cru à une vie à venir. Partout et toujours, l’innocent est injustement persécuté, l’homme de bien malheureux, ont attendu dans une autre vie la justice et le bonheur qui leur était refusés sur la terre ; partout et toujours on a cru à un Dieu vengeur du crime impuni !…
Partout et toujours enfin, on a prié pour les morts, on a espéré retrouver par delà le tombeau, dans un monde meilleur, ceux que l’on avait aimés. « Pourquoi pleurer ? Disait à son épouse et à ses enfants Bernardin de Saint Pierre mourant. Ce qui vous aime en moi vivra toujours… Ce n’est qu’une séparation momentanée, ne la rendez pas si douloureuse !…Je sens que je quitte la terre, non la vie ! »
Telle est aussi la solennelle parole du christianisme. Il nous montre la vie présente comme une épreuve passagère que le bon Dieu couronnera d’un éternel bonheur. Il nous excite à mériter ce bonheur par le sacrifice et par le fidèle accomplissement du devoir. Arrivé à son heure dernière, le Chrétien remet avec confiance son âme entre les mains de son Dieu ; et à une vie pure, sainte et paisible, succède une éternité de joies !…
Loin de nous donc, loin de notre France si éclairée ce désolant matérialisme qui voudrait nous ravir de si sublimes espérances ! Loin de nous ces mensonges qui avilissent le corps, qui détruisent tout ce qui est bon, tout ce qui est respectable et doux sur la terre !
Loin de nous la doctrine qui ne veut laisser au pauvre qui souffre et qui pleure, à l’innocent opprimé, que le désespoir pour partage !…
La conscience humaine le repousse avec mépris !

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 3, ESR.

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