La bannière du Sacré Coeur face à l’ennemi (par le Père Henry Ramière)

règne social

« Jésus Christ en montant au ciel a légué à son Église trois trésors divins, il a mis à sa disposition trois grandes forces : la force de l’unité qui tient tous les membres de l’Église attachés à leur chef invisible, qui est Jésus Christ lui-même, par leur chef visible qui le Pape ; la force de l’association qui permet aux soldats de l’armée divine de se serrer fortement les uns contre les autres, et de s’opposer à leurs ennemis inexpugnables ; enfin, la force du zèle qui les pousse à travailler activement pour celui qui a tant travaillé et tant souffert pour eux, et à mourir, s’il le faut, à son exemple, pour le triomphe de sa cause.
L’armée antichrétienne semblerait irrémédiablement privée de cette triple force : elle est l’armée de l’erreur, et par conséquent elle ne saurait posséder la force de l’unité, qui appartient à la vérité seule ; elle est l’armée de l’orgueil et de la haine, et, par conséquent, elle porte en elle un principe de division et une force contraire à la force d’association ; enfin, elle est l’armée de l’égoïsme, et, par conséquent, elle ne saurait posséder la force du zèle et du vrai dévouement au bien du prochain et à la gloire de Dieu.
Et pourtant, par un suprême effort de son infernale habileté, le chef de cette armée est parvenu à s’approprier au moins la contrefaçon de ces trois prérogatives que nous avons le droit de revendiquer comme notre propriété indéniable.

Nous ne nous étendrons pas beaucoup sur la première partie de la tactique de nos adversaires, que nous avons eu déjà plus d’une fois l’occasion de signaler. Nous avons dit comment, séparés jusqu’ici par les innombrables nuances de l’erreur, aussi opposées les unes aux autres qu’ils étaient tous opposés à la vérité ils ont fini par trouver l’unité dans le mépris de toute croyance et dans l’indifférence à l’égard de la vérité et de l’erreur. Nous avons depuis longtemps montré comme le seul adversaire sérieux que l’Église Catholique voit aujourd’hui devant elle, sur le terrain des doctrines, cette secte, dont naguère, au Sénat Français, l’un de ses plus célèbres adeptes célébrait les progrès ; celle que l’ont pourrait nommer la secte de l’erreur universelle, et dans laquelle vont plus irrésistiblement chaque jour se fondre toutes les sectes religieuses ou philosophiques, qui avaient professé jusqu’à ce jour des erreurs partielles : la secte qui méprise la vérité, et aux yeux desquels les croyances n’ont aucune valeurs. Il est vrai qu’en professant ouvertement le mépris de la vérité, les rationalistes, les libres-penseurs, comme ils se nomment eux-mêmes, détruisent la raison humaine, qui n’existe que pour connaitre la vérité, et condamnent la pensée à une stérilité sans remède. N’importe, à ce prix du moins, ils acquerront l’unité dont ils avaient été privés jusqu’à ce jour, et ils se mettront en état de combattre avec plus d’ensemble l’unité catholique.

En développant ailleurs ce point que nous nous contentons de rappeler ici, nous avons montré également qu’à cette puissance de l’unité de l’armée antichrétienne joint, à un degré jusqu’ici inconnu, la double puissance de l’association et du zèle. Tous ces orgueils, si indisciplinables par nature, se sont plié à un joug commun pour renverser l’autorité céleste, qui est l’objet de leur commune haine. Tous ces égoïsmes qui tendent essentiellement à se diviser, ont consenti à s’unir pour détruire l’unité divine. Et l’on a vu se former une immense association, qui se compose d’hommes issus de toutes les races, habitant les contrées les plus éloignées, différents par leurs idées et par leurs mœurs et pourtant lié par un même serment et obéissant à un même mot d’ordre. Si l’Église Catholique est le plus grand miracle du Tout Puissant, la contrefaçon de cette Église par les sociétés secrètes est le plus étonnant prodige que l’Enfer ait opéré sur la terre.

Et il faut bien l’avouer : les apôtres et les ministres de cette église de Satan ne manquent ni de zèle, ni d’un certain dévouement. Ils savent faire pour le triomphe de l’erreur ce que beaucoup de chrétiens refusent de faire pour la défense de la vérité : se mettre en avant, accomplir des sacrifices pécuniaires, écrire, agir, user de toute leur influence, s’exposer, s’il le faut, à la mort.

Il est donc vrai que les ennemis de Jésus Christ sont parvenu à contrefaire nos trois plus précieuses prérogatives : l’unité, l’association et le zèle. Mais ce n’est là encore que la première partie de leur tactique. Pour pouvoir espérer nous vaincre, il faut de plus qu’ils nous ôtent ces trois armes invincibles. »

Le Règne sociale du Coeur de Jésus – par le Père Henry Ramière de la compagnie de Jésus- 1892 – chap « De la tactique mise en jeu », p.85, ESR, ouvrage mis en ordre par un Père de la même compagnie.


Commentaire :

Avant d’écrire ce chapitre, il est évident, mais nous préférons le préciser, que le Père Henry Ramière a fait toute une explication sur l’importance de la prière, de la haine du péché, et du recours aux sacré Cœur et au Cœur Immaculé se Sainte Marie, il ne fait pas ici l’apologie de l’activisme.